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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 04:14

Depuis une trentaine d’années, l’histoire militaire a peu à peu pris un nouveau visage. Elle n’est plus cette poussiéreuse discipline volontiers ringarde dont l’objet était de nous conter les grandes batailles de façon généralement édifiante. Elle a enfin réalisé son aggiornamento en intégrant les apports de plusieurs décennies de “nouvelle histoire”. Elle n’hésite plus à étudier les questions sociales, politiques, économiques, voire culturelles et anthropologiques, en relation avec le fait guerrier, et même à faire appel, pour la compléter, à l’ensemble des sciences humaines et sociales. Non seulement on ne pense plus l’histoire militaire comme on le faisait en 1910 — ou même en 1960 —, mais un grand nombre de certitudes ont été radicalement remises en cause ces dernières années. Cela n’est pas sans conséquences, y compris lorsqu’il s’agit de penser les questions stratégiques contemporaines ou futures.

Comprendre la guerre.jpg

Aujourd’hui, le point de vue du simple soldat est longuement analysé, ainsi que ses traumatismes psychiques ou ses représentations culturelles. L’armée est étudiée pour sa place dans la cité comme dans l’économie d’une nation. L’évolution des techniques guerrières bénéficie du regard critique et problématisant introduit par l’étude des “révolutions militaires”. Les concepts stratégiques et tactiques eux-mêmes sont remis à plat et interrogés par l’analyse historique, qui contribue ainsi à les redéfinir et à les préciser.

Car la guerre et la chose militaire sont omniprésentes dans notre histoire et notre culture comme dans les informations que nous recevons chaque jour, même si l’on n’en a pas toujours pleinement conscience. Or, la “culture militaire” est souvent déficiente dans le public, qui ne connaît pas toujours très bien le sens des mots, dont beaucoup ont été galvaudés, à commencer par celui de “stratégie”. Il ne s’agit pas de “militariser” le public, mais bien de lui offrir quelques outils pour mieux s’orienter dans un univers au sujet duquel règne trop souvent une confusion potentiellement dangereuse et entretenue depuis des décennies. À cet égard, nous avons donc voulu bien modestement contribuer à une entreprise démocratique. Tout le monde, sans aucune restriction, devrait y trouver matière à réflexion.

Au fil des articles, l’essentiel des grandes questions relatives à la guerre ont été abordées. Elle est évoquée dans des registres (du stratégique au tactique), sous ses différentes formes (de la bataille rangée au terrorisme), dans la plupart de ses aspects : politiques, sociaux et culturels, mais aussi psychologiques, techniques et juridiques. Les principales étapes de la pensée stratégique, de l’Antiquité à nos jours, sont analysées et toujours replacées dans le contexte qui a permis leur émergence. La première partie, “La guerre et l’État”, traite de la nature profondément et hautement politique de ce phénomène. La deuxième, “L’art de la guerre”, étudie les modalités de sa mise en œuvre. Enfin, la troisième,“Les hommes et les armes”, explore des questions anthropologiques, culturelles et technologiques, ainsi que quelques problématiques historiques qui nous ont paru constituer des exemples riches d’enseignements et de réflexions.

Cet ouvrage ne prétend pas à l’exhaustivité, mais il propose un parcours à l’intérieur du phénomène guerrier, à l’issue duquel la nature et les implications de celui-ci seront devenues plus évidentes, et les concepts pour le penser plus précis. Avec ce court manuel d’initiation à l’histoire militaire et à la pensée stratégique en général, nous voulons croire qu’il sera possible de mieux comprendre les grands débats militaires et de défense en cours. Ainsi, un certain nombre de concepts qui paraissent récents s’inscrivent en fait dans la durée historique, notamment la question des armées professionnelles ou de conscription, mais aussi celui concernant l’armée comme acteur social, ou encore celui des guérillas et autres guerres aujourd’hui qualifiées d’”asymétriques”. Répétons-le : l’histoire militaire envisagée ici n’a pas un but d’érudition. Ce livre souhaite offrir à un large public quelques outils permettant de comprendre les rivalités et les menaces qui traversent un monde instable, et de trouver les mots pour les décrire.

Laurent HENNINGER et Thierry WIDEMANN

Editions Perrin, Collection Poche “Tempus”, 8 euros.

Les auteurs : Laurent HENNINGER, historien, est chargé d’études à l’IRSEM. Membre du comité de rédaction du magazine Guerres & Histoire, il a collaboré au Dictionnaire de stratégie. Thierry WIDEMANN également chargé d’études à l’IRSEM, est spécialiste des guerres de l’Antiquité et du XVIIIe siècle. Il a notamment publié La pensée stratégique et a également collaboré au Dictionnaire de stratégie.

Cliquer ICI pour le commander

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TB vous présente une des 50 notes qu’il a sélectionné concernant le concept de “stratagème”, de Laurent WIDEMANN.

Une petite critique cependant sur cet excellent bouquin d’initiation : que les notes ne soient pas compléter à la fin par une bibliographie sommaire permettant au jeune lecteur d’approfondir sa connaissance. Peut-être pour la prochaine réédition ?… Quoi qu’il en soit, c’est une très bonne idée d’avoir compiler ces textes dans une édition de poche.

Le mot “stratagème” a aujourd’hui disparu du vocabulaire militaire, mais il n’a pas pour autant disparu de l’art de la guerre. Qu’est-ce qu’un stratagème ? Il est couramment défini comme une ruse de guerre. Mais, si un stratagème met toujours en œuvre la ruse, toute ruse ne relève pas du stratagème. Un stratagème est un scénario, un mécanisme qui, une fois mis en place, fonctionne comme un piège.

L’un des exemples les plus anciens et les plus célèbres de stratagèmes est le mythe du cheval de Troie. Après dix ans de siège et de combats inutiles, les Grecs, sur les conseils d’Ulysse, décident d’introduire dans la ville de Troie un énorme cheval de bois dans lequel ont été cachés des guerriers. Mais — et là se situe le principe du stratagème — il fallait amener les Troyens à le placer eux-mêmes dans l’enceinte de leur cité. Ce qu’Ulysse réalise par une opération de désinformation : un de ses marins, feignant d’avoir été abandonné, raconte aux Troyens que cet étrange objet est une offrande destinée à garantir aux Grecs mais il est pour cela nécessaire qu’il demeure sur la plage. Et les Troyens, installant le cheval dans leurs murs, activent le mécanisme fatal.

Dans l’Antiquité chinoise, grecque et romaine, de nombreux traités témoignent de la fascination que le stratagème a exercée : il représente le procédé qui permet de remporter une victoire au moindre coût.

Le stratagème demeure d’actualité, mais sous un autre terme : celui de déception. Par déception il faut entendre non un sentiment de regret ou de désenchantement, mais un mot emprunté à l’anglais pour désigner le fait de tromper (to deceive). Une opération de déception vise, à l’instar du stratagème, à faire agir l’adversaire contre ses intérêts. Le débarquement de juin 1944 en Normandie a été précédé d’une série d’opérations de déception visant à convaincre Hitler et son état-major que l’action principale aurait lieu dans le pas de Calais. Lors de la guerre du Golfe en 1991, les États-Unis ont mimé des préparatifs de débarquement amphibie au Koweït.

Mais l’usage de tels procédés reste toujours entaché d’un soupçon de perfidie. Les Anciens se sont posé la question et ont tranché avec une parfaite mauvaise foi : la ruse ou le stratagème sont licites, dès lors qu’ils sont employés par un Grec ou un Romain contre un Barbare. Ainsi, Jules César, dans La Guerre des Gaules, se vante de mettre en œuvre des ruses de guerre, mais s’indigne de la perfidie gauloise lorsqu’il en est victime.

Au XXe siècle, le droit de la guerre reconnaît comme licite l’usage des ruses de guerre (art. 24 de la convention du 17 octobre 1907), mais il distingue la ruse et la perfidie. Tenter d’induire l’ennemi en erreur ou lui faire commettre des imprudences relève de la déception permise. En revanche est considéré comme perfidie, oudéception interdite, le fait de tromper l’adversaire en utilisant, par exemple, ses uniformes, ses drapeaux, ou des symboles comme la croix rouge.

Aucune opération militaire d’envergure n’est aujourd’hui concevable sans l’emploi de mesures de déception dont le champ inclut bien évidemment l’ensemble des médias : les cibles ne sont donc pas toutes situées chez l’adversaire…

Thierry WIDEMANN

http://honneuretpatrie.wordpress.com

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