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11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 11:45

L’étrange menace de Louis Le Duff à propos de Notre-Dame-des-Landes [Tribune libre]

Publié par : redacbzhinfo 5 avril 2014 dans A La Une,

Economie

La position récemment prise par Louis Le Duff à propos du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes fait couler beaucoup d’encre depuis deux jours.

C’était d’ailleurs le but de la manœuvre : il s’agit manifestement d’une opération de communication. Dont l’objectif n’est pas forcément celui qu’on croit.

En substance, le grand patron breton remettrait en question l’installation du siège de son groupe en Bretagne. Ouest-France évoque même un « pacte » : cette installation serait conditionnée par la création de l’aéroport. « Si l’aéroport est annulé, je ne vois plus l’intérêt de transférer mon siège social de Paris et Londres à Rennes », aurait déclaré Louis Le Duff.

L’avis d’un homme comme Louis Le Duff est de ceux qui comptent.

À 67 ans, ce natif de Cleder est à la tête d’un énorme groupe de restauration international, propriétaire de chaînes aussi connues que La Brioche dorée, Pizza del Arte ou Le Fournil de Pierre.

En moins de quarante ans (il a créé La Brioche dorée en 1976), il s’est hissé parmi les cinquante premières fortunes françaises.

C’est aussi un exemple remarquable de théoricien libéral qui a réussi en allant au charbon : docteur en gestion, ancien professeur d’école de commerce, il est l’auteur de plusieurs livres sur la création d’entreprise. Adhérent de l’Institut de Locarn et du Club des Trente, il a toujours affirmé son identité bretonne.

Pourtant, la prise de position de Louis Le Duff étonne par son manque de consistance.

La construction du nouveau siège rennais du groupe n’a jamais été conditionnée par celle de l’aéroport.

Elle a été décidée bien avant l’enquête publique de Notre-Dame-des-Landes. « Il en est question depuis très longtemps », déclarait son service communication à Ouest-France en avril 2009. « Nous profitons de la rénovation complète du centre commercial Alma pour regrouper l’ensemble des services fonctionnels de toutes nos enseignes et filiales dans un siège international à Rennes. »

Par ailleurs, il n’est pas du tout question de transférer le siège de la société de Paris à Rennes… tout simplement parce qu’il se trouve déjà à Rennes depuis des dizaines d’années. L’essentiel du transfert prévu se fera du 105 avenue Henri-Fréville au centre Alma, soit à peu près 500 m à vol d’oiseau !

Le groupe Le Duff possède des bureaux d’accueil à Paris, dans la tour Montparnasse, mais ils n’hébergent qu’une vingtaine de collaborateurs permanents : pas grand chose pour un groupe qui emploie près de 30.000 personnes.

Et puis, si le groupe est très internationalisé, ses activités sont très locales. Une croissanterie s’adresse à un public de proximité, ses clients ont rarement besoin de prendre l’avion pour venir à Rennes discuter le prix de leur sandwich.

La présence d’un centre de formation dans le nouveau siège supposerait-elle de nombreuses visites de stagiaires du monde entier ? Même pas : l’essentiel de la formation sera dispensé via internet.

Quant aux fournitures (en particulier le beurre d’Échiré, que La Brioche dorée utilise de préférence au beurre breton), elles sont transportées par voie maritime et non par avion.

Enfin, ce sont les dessertes aériennes qui comptent, pas l’aéroport : la construction d’un nouvel aéroport ne signifierait pas l’ouverture de liaisons directes avec Los Angeles ou Singapour.

En tout état de cause, les cadres de Le Duff devraient toujours rejoindre Roissy pour aller à l’autre bout du monde. L’enjeu réel se borne donc à la distance entre Notre-Dame-des-Landes et Rennes Saint-Jacques ou Nantes Atlantique : tout au plus 20 minutes sur 20 heures de trajet !

Mais alors, pourquoi un homme aussi respecté que Louis Le Duff prend-il une position aussi spécieuse ?

Les hypothèses ne manquent pas, comme la proximité avec François Pinault, gros actionnaire de Vinci.

Et aussi de plus indirectes. « La France ne représente plus qu’un tiers des activités du groupe, soit moins que l’Amérique du Nord », constate un banquier breton. « Le Duff effectue aussi un gros travail d’implantation en Asie. Et Louis Le Duff, à 67 ans, doit préparer la transmission de son patrimoine. En pure logique financière, il devrait songer à s’expatrier, comme l’a fait le groupe Eurofins en transférant son siège de Nantes au Luxembourg en 2012.

Si cela devait se produire, l’aéroport serait peut-être une bonne excuse, mais il faudrait surtout regarder en direction de la délirante fiscalité française. »

Erwan Floc’h

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