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20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 10:38

TRIBUNE LIBRE

Les « réformes » de Manuel Valls : la forme sans le fond

ou l’art de… perdre du temps

Avec la collaboration d’Axel Arnoux et de Jean-Philippe Feldman

Le Discours de politique générale du nouveau premier ministre, Manuel Valls, a d’abord surpris par l’exactitude du diagnostic économique émis de la France, et par l’annonce de quelques réformes.

Mais, en y regardant plus attentivement, les annonces qui ont été faites, sont, ou très floues, ou très différées...

Alors que les dépenses publiques dépassent les 57 % du PIB, il aurait été plus efficace de proposer tout de suite des mesures d’importance.

Or, la plupart des annonces sont échelonnées jusqu’en… 2021, c’est-à-dire jusqu’à la fin du prochain quinquennat !

Difficile donc de les croire, surtout que l’expérience montre qu’à défaut d’action dans les 100… heures qui suivent, la probabilité d’aboutir à des changements est à peu près nulle. Ce sont en effet les 100 premières heures qui comptent le plus.

C’est ce que l’on a observé plusieurs fois aux Etats-Unis quand le Président et le Congrès ont annoncé des mesures importantes.

En janvier 2008, le président Obama et la Chambre des Représentants avaient proposé cinq grandes réformes dans les 100 premières heures.

Elles concernaient la lutte contre le terrorisme, le salaire minimum, la recherche sur les cellules souches, le système de santé et la politique énergétique. Le 20 janvier 1981, le président Ronald Reagan avait affirmé : « dans cette période de crise, le gouvernement n’est pas la solution à nos problèmes, le gouvernement est le problème ».

Il avait annoncé une série de mesures à prendre dans les 100 premières heures qui prenaient en compte la privatisation de pans entiers de l’économie, ainsi que la baisse de toutes les tranches de l’impôt sur le revenu. La plus importante était celle qui concernait la tranche la plus élevée, elle-même devant passer de 80 à 50 %.

Plus récemment, David Cameron a lancé, dès le lendemain de son élection en 2010, une baisse des dépenses publiques de l’ordre de 130 Mds d’euros en même temps qu’il supprimait 600 000 postes de fonctionnaires.

Quant à Matteo Renzi, le nouveau Premier ministre italien, il a immédiatement mis en place la suppression de 101 provinces italiennes et du Sénat.

« Nous sommes loin en France d’une libération fiscale, "sociale" et réglementaire des entrepreneurs »

Repousser les échéances est synonyme d’inefficacité. Mais les mesures proposées laissent aussi à désirer.

Axel Arnoux, PDG du groupe Chauvin&Arnoux (plus de 1 000 employés), est très sceptique : « on ne change pas de système ; on met des rustines ici ou là pour "réparer" les précédentes mesures anti-entreprises tout en provoquant de nouvelles fissures.

Nous sommes loin d’une libération fiscale, "sociale" et réglementaire des entrepreneurs.

Le pays ne repartira que si ces derniers sont enfin libres d’entreprendre, et que cesse par ailleurs ce pillage fiscal et "légalisé", de leurs revenus et de leurs capitaux.

Donc les embauches et les investissements en France se feront encore au "compte gouttes".

Un point positif quand même, mais qui concerne seulement 2015 : les entreprises devraient connaître un petit répit en matière de prélèvements sociaux qui leur permette de reconstituer un peu leurs marges nettes.

Mais tout cela reste sous réserve, car entre les effets d’annonce et la publication officielle des lois, il y a toujours de grandes différences. Concernant notre pays, les 30 Mds d’euros de baisse des charges ne représentent que 3% de ristourne par rapport aux 1 000 Mds d’impôts fiscaux et sociaux. »

« Moi, Premier Ministre, je veux mettre fin au modèle social français »

Pour Jean-Philippe Feldman, avocat et collaborateur de l’IREF, « au-delà de la forme, le fond de la déclaration de Manuel Valls est en effet affligeant.

Cela tient au fait qu’il est impossible de résoudre un problème lorsque l’on n’en comprend pas les termes, ou lorsque, pour des raisons tactiques ou politiciennes, on ne le souhaite pas.

La raison, peu surprenante au demeurant, est qu’il ne faudrait pas « casser notre modèle social et nos services publics, sinon les Français ne l’accepteraient pas ».

La phrase, empreinte de conservatisme, est d’ailleurs piquante de la part d’un prétendu « progressiste »…

Tant que nos hommes politiques n’auront pas compris que, loin d’être une bouée de sauvetage, notre « modèle social » est un boulet, aucun changement profond ne pourra s’opérer en France.

Le constat étant erroné, les propositions de réforme ne savent que montrer leur inefficacité. Il faut « protéger » nos entreprises et notre culture de la concurrence mondiale « dans une économie globalisée », autrement dit : il convient d’œuvrer au protectionnisme et à la défense de l’ « exception culturelle » ; il faut des « politiques de grands investissements » pour « remettre l’Union européenne sur le chemin de la croissance », autrement dit : il convient de recourir aux grands travaux, vieille lubie keynésienne qui a toujours échoué ; il faut « investir dans l’école de la République », autrement dit : il convient de protéger la clientèle électorale du gouvernement en investissant dans une entreprise en faillite, etc...


Si Manuel Valls avait eu des ambitions (hormis celle d’accéder à la fonction suprême), sa déclaration eût tenu en quelques mots :

« Moi, Premier Ministre, je veux mettre fin au modèle social français.

Moi, Premier Ministre, je baisserai drastiquement les impôts et j’instaurerai la subsidiarité dans le domaine fiscal.

Moi, Premier Ministre, je privatiserai toutes les entreprises afin de réduire au minimum la sphère d’action de l’État.

Moi, Premier Ministre, j’abolirai tous les privilèges.

Moi, Premier Ministre, je mettrai fin aux aides aux entreprises.

Moi, Premier Ministre, je supprimerai toutes les subventions aux associations et aux syndicats.

Moi, Premier Ministre, je n’entendrai pas faire le bonheur des Français à leur place, ou tenter de les protéger contre eux-mêmes.

Moi, Premier Ministre, je laisserai faire la Liberté ».

Entre les annonces et les faits, la marge est encore très importante.

Mais l’avenir dira si Manuel Valls souhaite vraiment sortir la France de la catastrophe économique...

Source et publication: http://fr.irefeurope.org/Les-reformes-de-Manuel-Valls-la-forme-sans-le-fond,a2889​

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