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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 07:08

SOCIETE - 35% des Français se disent «plutôt» ou «un peu» racistes, selon le rapport annuel sur la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie publié ce mardi...

La parole raciste s’est banalisée l’an dernier, notamment à l’égard des musulmans et des Roms, analyse un rapport annuel sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie publié ce mardi.

«Sur le long terme, le racisme en France diminue, le temps des ratonnades est révolu, mais le racisme qui se développe aujourd’hui est plus sournois et n’est plus réservé aux franges extrêmes.

Il pénètre toutes les couches de la société», a commenté à l’AFP Christine Lazerges, présidente de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH).

«Les boucs émissaires aujourd’hui sont d’abord les Roms qui ont été stigmatisés, y compris par le gouvernement, et ensuite les musulmans arabes», a-t-elle précisé lors d’une conférence de presse.

Davantage de Français assument être racistes

Preuve de ce «climat préoccupant», davantage de Français assument être racistes, selon un sondage de l’institut BVA pour la CNCDH auprès d’un échantillon représentatif de 1.026 adultes: 9% se disent «plutôt racistes» (+2 points par rapport à 2012) et 26% «un peu racistes» (+4 points).

Ils sont aussi plus nombreux à considérer que l’intégration des immigrés fonctionne mal (63%, +7 points par rapport à 2012).

L’islam est la religion la moins positivement connotée et 80% des sondés estiment que le port du voile pose problème pour vivre en société.

Les Roms migrants pâtissent d’une image extrêmement négative: 85% des sondés pensent qu’ils exploitent très souvent les enfants (+10 points par rapport à 2012) et 78 % qu’ils vivent essentiellement de vols et de trafics (+7 points).

L’indice de tolérance, calculé à partir d’une série de questions posées aux sondés, recule pour la quatrième année consécutive.

Ces résultats révèlent un «refus croissant de l’autre différent» mais dévoilent aussi une «défiance vis-à-vis d’un antiracisme perçu comme censeur».

La présidente de la CNCDH note d’ailleurs que «les associations antiracistes ont beaucoup plus de peine à susciter du soutien».

«Plus le niveau culturel est élevé, moins on est raciste»

Les Français condamnent en revanche sans équivoque l’antisémitisme et «l’indice d’acceptation» des juifs «reste de très loin supérieur à celui de tous les autres groupes», selon une étude qualitative de l’institut CSA, qui a mené 30 entretiens semi directifs en face à face du 9 au 17 décembre 2013.

85 % des sondés estiment que les juifs sont des Français comme les autres (contre 65% pour les musulmans).

Les clichés, comme la thèse d’un rapport particulier des juifs à l’argent, restent cependant très persistants et partagés, relève l’étude.

Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, actes et menaces antisémites ont baissé de 31 points entre 2012 et 2013 et les actes antimusulmans ont progressé de 11 points. Mais ces chiffres ne dévoilent que l'«écume» des phénomènes, souligne la présidente de la CNCDH.

Parmi ses recommandations, l’institution mise sur l’éducation et la formation, car «les sondages montrent que plus le niveau culturel est élevé, moins on est raciste», remarque Christine Lazerges.

Montrer l’exemple

La CNCDH réitère son souhait de créer un observatoire du racisme, de l’antisémitisme et de la xénophobie sur internet.

Sa présidente «regrette» que ce rapport n’ait pu être remis au Premier ministre que le 1er avril, après les élections municipales, et non le 21 mars, Journée internationale de lutte contre le racisme, comme chaque année: «C’est une occasion ratée de parler de ces questions de société.»

Elle souligne aussi l’importance de montrer l’exemple au plus haut niveau: «Dans un gouvernement de gauche, on attend un discours clair, net sur ces questions et pas ambigü comme on l’a eu sur les Roms.»

Source : Faustine Vincent http://www.20minutes.fr/societe/1339949-liberation-de-la-parole-raciste-en-2013-surtout-contre-les-roms-et-les-musulmans

ET AUSSI : TRIBUNE LIBRE !

INTERVIEW – Jean-Claude Kaufmann, sociologue au CNRS, publie «Identités, la bombe à retardement» (Ed. Textuel). Il explique à «20 Minutes» en quoi la question de l’identité, obsession de notre société contemporaine, fait planer de graves menaces...

Islamophobie, stigmatisation des Roms, des noirs, des Juifs et des homosexuels, djihadistes français, montée du communautarisme et de l’extrême-droite en Europe…

La question de l’identité et de ses dérives fondamentalistes est au cœur de notre société.

Dans Identités, la bombe à retardement, le sociologue Jean-Claude Kaufmann affirme qu’un grave danger guette: le fondamentalisme et l’intégrisme identitaires.

Vous expliquez que, contrairement à ce que l’on croit, la définition d’identité est floue. De quoi s’agit-il?

L’identité paraît simple. Mais plus on essaye de la définir sérieusement, moins on comprend. Il existe des définitions différentes voire opposées.

En réalité, l’identité est un travail subjectif de l’individu pour produire du sens. Dans notre société individualiste moderne, à chaque instant il faut faire des choix, même les plus minuscules, qui renvoient à une dimension de soi.

Selon les décisions que je prends, c’est une conception de moi qui émerge. Croire que l’identité est liée à nos racines, qu’elle se confond avec l’identité administrative ou qu’elle est fixeest une erreur et peut mener aux intégrismes identitaires.

>>> Lire l'article Identité: Les trois erreurs à ne pas commettre

Pourquoi? Ne peut-on pas vivre sereinement ce que l’on perçoit comme étant son identité?

Si, mais il faut que tout se passe bien pour tout le monde dans la société.

Le versant positif de l’identité d’aujourd’hui, c’est que la société offre un espace de jeu et de liberté très important. Internet permet notamment d’expérimenter une multiplicité d’identités –et en avoir plusieurs est presque une garantie contre le fondamentalisme.

Le versant négatif, c’est que tout le monde n’a pas les moyens culturels et/ou financiers de faire ça, notamment en cas de fragilité sociale.

Si en plus on se sent méprisé -que ce soit le cas ou non-, on est alors réduit à une définition unilatérale de soi-même. C’est là que la crispation fondamentaliste guette.

Ce sera d’autant plus dangereux qu’on désigne un ennemi comme la cause de tous ses maux.

Le besoin de restaurer une image positive de soi peut aussi se cristalliser autour d’un groupe partageant les mêmes idées, qui deviennent «la vérité» contre les autres.

Vous dites qu’on est à l’aube de «grands périls» identitaires.

N’y sommes-nous pas déjà confrontés avec la montée du racisme, la stigmatisation tous azimuts des Roms, des noirs (Taubira et la banane), des Juifs, des musulmans, des homosexuels, etc?

Oui, c’est déjà à l’œuvre. Figure aussi dans cette liste la banalisation du racisme. La banalisation par le rire, comme le fait Dieudonné, est particulièrement terrible. La banalisation tranquille l’est aussi («je ne suis pas raciste mais…»). Cette parole s’installe comme un langage populiste dominant.

L’identité serait-elle finalement une notion dangereuse?

Au moment des débats sur l’identité nationale, Nicolas Sarkozy s’était défendu en disant que l’identité n’était quand même pas un gros mot.

Si, c’en est un, en quelque sorte. C’est un terme à prendre avec des pincettes.

Dès qu’on l’emploie, cela ouvre la boîte de Pandore et les vannes à toute forme de racisme et d’intolérance. Je suis très pessimiste. Pas à 100% car les populations peuvent trouver les capacités de s’en sortir, mais il va y avoir des années voire des décennies pendant lesquelles ça va tanguer sec.

On est trompé par un faux calme alors qu'une crise gigantesque guette, à la fois financière, économique et de civilisation.

Ça va exploser, mais je ne sais pas quand ni sous quelle forme.

Source :http://www.20minutes.fr/societe/1321534-20140312-kaufmann-identite

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