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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 09:20

La France Black-Blanc-Beur ? C’est plus Marine Le Pen et Farida Belghoul que le PS !

Le 28 février 2014

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

Entre ce qu’il était naguère convenu d’appeler le « vote musulman », soit celui des « quartiers », et le Parti socialiste, l’heure paraît être au désamour.

Effet Dieudonné ?

Effet Mariage pour tous ?

Ou les deux à la fois ?

À l’époque de SOS Racisme et de la Marche des beurs, autant dire la préhistoire, les choses vues de gauche étaient simples : il y avait d’un côté une majorité de méchants franchouillards xénophobes et racistes, et de l’autre une sympathique nouvelle France Black-Blanc-Beur qui en était la victime.

Trente ans plus tard, la France Black-Blanc-Beur représente l’essentiel de l’auditoire de Dieudonné, tandis que les mahométans, à l’instigation de Farida Belghoul, sont les premiers à retirer leurs enfants de l’école pour protester contre l’enseignement de la théorie du genre.

Les choses se compliquent !

Et le PS se retrouve dans la position ridicule de ces antisémites droitards obligés de constater que les plus résolus défenseurs de l’identité française s’appellent aujourd’hui Alain Finkielkraut, Élisabeth Lévy et Éric Zemmour.

C’est une belle claque pour les esprits simplistes qui ne parviennent pas à comprendre que la réalité sociale est toujours complexe.

Que les Français « issus de l’immigration » aient jusqu’ici surtout voté à gauche n’est pas niable, mais il n’y a aucune raison pour qu’il en aille toujours de même.

Le « désamour » dont vous parlez devrait plutôt être considéré comme un signe avant-coureur. « La gauche a perdu le vote dit musulman », estimait ces jours-ci le politologue Olivier Roy (Le Figaro, 19 février).

C’est toute la stratégie de la fondation Terra Nova (chercher à séduire les immigrés à la place du peuple, le FN étant devenu le premier parti de la classe ouvrière) qui tombe à l’eau.

Allons droit au but, tel que je l’écrivais avant l’élection présidentielle de 2007, dans les colonnes de National-Hebdo, défunt journal du FN : la grande jonction électorale ne pourrait-elle pas être le fait de ces deux populations « préservées » que sont la classe ouvrière française et le sous-prolétariat immigré, partageant l’un et l’autre une « décence commune » chère à George Orwell ?

Pour aller plus avant, croyez-vous à une possible union d’un « front du sacré » contre le matérialisme ambiant ?

Les communautés musulmanes vivant en France restent dans une large mesure acquises aux valeurs traditionnelles.

Elles le sont parfois à l’excès, ce que ne manquent pas de dénoncer les professionnels de « l’anti-communautarisme », partisans d’une conception agressive de la laïcité. Il n’en est pas moins curieux de voir une certaine droite se joindre à ces critiques, alors qu’elle se réclame, elle aussi, de valeurs traditionnelles qui ont elles-mêmes été rejetées, historiquement, par la philosophe des Lumières d’abord, la « laïcité » ensuite.

C’est une droite qui s’élève à l’occasion contre la police des spectacles, mais approuve sans réserve celle des costumes !

Elle n’aime pas les femmes voilées, mais en même temps elle se réjouit de l’initiative de Farida Belghoul, qui n’aurait certainement pas été entendue si toutes les musulmanes s’étaient converties au mode de vie matérialiste-hédoniste de tant de femmes « libérées » bien de chez nous.

Toutes ces contradictions, que l’on va voir s’exacerber dans les années qui viennent, sont à l’œuvre dans l’esquisse de « front du sacré » dont vous parlez.

Pour l’heure, les eaux sont encore mêlées, mais je ne doute pas qu’elles finiront par se séparer.

On s’avisera alors que la « diversité » était plus diverse qu’on ne le pensait.

Vous qui avez été l’un des premiers à dénoncer la théorie du genre, vous devez au moins être satisfait de la levée de boucliers que suscite aujourd’hui, de toutes parts, son introduction dans le système scolaire ?

J’en serais plus satisfait encore si l’on ne tombait pas d’un excès dans l’autre. J’ai fait une critique argumentée de la théorie du genre, qui est une critique d’ordre exclusivement intellectuel.

J’ai examiné cette théorie pour en évaluer la valeur de vérité. J’ai constaté que celle-ci était nulle, et j’ai dit pourquoi.

Beaucoup de groupes confessionnels ne font de l’idéologie du genre qu’une critique morale, ce qui est tout différent.

La critique morale, qui se soucie peu des données scientifiques, est un lieu propice aux fantasmes. Elle peut aussi donner lieu à des initiatives contre-productives, inspirées par des craintes irraisonnées.

J’estime ainsi parfaitement imbéciles les démarches visant à obtenir des bibliothèques municipales qu’elles enlèvent de « mauvais livres » de leurs rayons.

Les bibliothèques ont alors beau jeu de dénoncer une volonté de censure, alors que ce sont elles qui la pratiquent en s’abstenant systématiquement de commander les livres des auteurs jugés non « politiquement corrects ».

Je suis sur ce point de l’avis de Marine Le Pen : il ne faut pas demander qu’on supprime des livres, mais au contraire qu’on en ajoute ! Plus imbécile encore est la campagne engagée récemment par une officine catholique intégriste pour tenter d’empêcher la diffusion du film Tomboy à la télévision.

J’ai vu ce film qui raconte, de manière très pudique, l’histoire d’une gamine qui se déguise en garçon et connaît une amourette avec une fille de son âge. Je peux vous garantir que les élèves des écoles ne deviendront pas plus transsexuels en regardant Tomboy qu’ils ne deviendront gay en voyant La Cage aux folles !

Au demeurant, la télévision n’est pas une succursale de l’école. Elle a vocation à montrer tous les films qui existent, chacun étant libre ensuite de les regarder ou non.

Les messages publicitaires sont d’ailleurs à mon avis beaucoup plus obscènes que les films pornographiques. Mais là encore, à bas la censure !

Démontrer la fausseté de la théorie du genre, c’est démontrer que le genre n’est pas sans rapport avec le sexe, et que l’altérité sexuelle n’est pas une simple « construction sociale ».

Ce n’est pas vouloir recréer l’index librorum prohibitorum créé par le Vatican en 1557, encore moins contribuer à l’homophobie, établir une hiérarchie morale des préférences sexuelles, ou flatter le sale museau de l’ordre moral qui prétend réglementer notre vie sexuelle au nom d’une prétendue « loi naturelle », qui n’a de naturel que le nom.

http://www.bvoltaire.fr/alaindebenoist/la-france-black-blanc-beur-cest-plus-marine-le-pen-farida-belghoul-que-le-ps,52084?utm_source=La+Gazette+de+Boulevard+Voltaire&utm_campaign=e90d08f2c7-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_71d6b02183-e90d08f2c7-30403221

Le 28 février 2014

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

Entre ce qu’il était naguère convenu d’appeler le « vote musulman », soit celui des « quartiers », et le Parti socialiste, l’heure paraît être au désamour. Effet Dieudonné ? Effet Mariage pour tous ? Ou les deux à la fois ?

À l’époque de SOS Racisme et de la Marche des beurs, autant dire la préhistoire, les choses vues de gauche étaient simples : il y avait d’un côté une majorité de méchants franchouillards xénophobes et racistes, et de l’autre une sympathique nouvelle France Black-Blanc-Beur qui en était la victime. Trente ans plus tard, la France Black-Blanc-Beur représente l’essentiel de l’auditoire de Dieudonné, tandis que les mahométans, à l’instigation de Farida Belghoul, sont les premiers à retirer leurs enfants de l’école pour protester contre l’enseignement de la théorie du genre. Les choses se compliquent ! Et le PS se retrouve dans la position ridicule de ces antisémites droitards obligés de constater que les plus résolus défenseurs de l’identité française s’appellent aujourd’hui Alain Finkielkraut, Élisabeth Lévy et Éric Zemmour. C’est une belle claque pour les esprits simplistes qui ne parviennent pas à comprendre que la réalité sociale est toujours complexe. Que les Français « issus de l’immigration » aient jusqu’ici surtout voté à gauche n’est pas niable, mais il n’y a aucune raison pour qu’il en aille toujours de même. Le « désamour » dont vous parlez devrait plutôt être considéré comme un signe avant-coureur. « La gauche a perdu le vote dit musulman », estimait ces jours-ci le politologue Olivier Roy (Le Figaro, 19 février). C’est toute la stratégie de la fondation Terra Nova (chercher à séduire les immigrés à la place du peuple, le FN étant devenu le premier parti de la classe ouvrière) qui tombe à l’eau.

Allons droit au but, tel que je l’écrivais avant l’élection présidentielle de 2007, dans les colonnes de National-Hebdo, défunt journal du FN : la grande jonction électorale ne pourrait-elle pas être le fait de ces deux populations « préservées » que sont la classe ouvrière française et le sous-prolétariat immigré, partageant l’un et l’autre une « décence commune » chère à George Orwell ? Pour aller plus avant, croyez-vous à une possible union d’un « front du sacré » contre le matérialisme ambiant ?

Les communautés musulmanes vivant en France restent dans une large mesure acquises aux valeurs traditionnelles. Elles le sont parfois à l’excès, ce que ne manquent pas de dénoncer les professionnels de « l’anti-communautarisme », partisans d’une conception agressive de la laïcité. Il n’en est pas moins curieux de voir une certaine droite se joindre à ces critiques, alors qu’elle se réclame, elle aussi, de valeurs traditionnelles qui ont elles-mêmes été rejetées, historiquement, par la philosophe des Lumières d’abord, la « laïcité » ensuite. C’est une droite qui s’élève à l’occasion contre la police des spectacles, mais approuve sans réserve celle des costumes ! Elle n’aime pas les femmes voilées, mais en même temps elle se réjouit de l’initiative de Farida Belghoul, qui n’aurait certainement pas été entendue si toutes les musulmanes s’étaient converties au mode de vie matérialiste-hédoniste de tant de femmes « libérées » bien de chez nous. Toutes ces contradictions, que l’on va voir s’exacerber dans les années qui viennent, sont à l’œuvre dans l’esquisse de « front du sacré » dont vous parlez. Pour l’heure, les eaux sont encore mêlées, mais je ne doute pas qu’elles finiront par se séparer. On s’avisera alors que la « diversité » était plus diverse qu’on ne le pensait.

Vous qui avez été l’un des premiers à dénoncer la théorie du genre, vous devez au moins être satisfait de la levée de boucliers que suscite aujourd’hui, de toutes parts, son introduction dans le système scolaire ?

J’en serais plus satisfait encore si l’on ne tombait pas d’un excès dans l’autre. J’ai fait une critique argumentée de la théorie du genre, qui est une critique d’ordre exclusivement intellectuel. J’ai examiné cette théorie pour en évaluer la valeur de vérité. J’ai constaté que celle-ci était nulle, et j’ai dit pourquoi. Beaucoup de groupes confessionnels ne font de l’idéologie du genre qu’une critique morale, ce qui est tout différent. La critique morale, qui se soucie peu des données scientifiques, est un lieu propice aux fantasmes. Elle peut aussi donner lieu à des initiatives contre-productives, inspirées par des craintes irraisonnées.

J’estime ainsi parfaitement imbéciles les démarches visant à obtenir des bibliothèques municipales qu’elles enlèvent de « mauvais livres » de leurs rayons. Les bibliothèques ont alors beau jeu de dénoncer une volonté de censure, alors que ce sont elles qui la pratiquent en s’abstenant systématiquement de commander les livres des auteurs jugés non « politiquement corrects ». Je suis sur ce point de l’avis de Marine Le Pen : il ne faut pas demander qu’on supprime des livres, mais au contraire qu’on en ajoute ! Plus imbécile encore est la campagne engagée récemment par une officine catholique intégriste pour tenter d’empêcher la diffusion du filmTomboy à la télévision. J’ai vu ce film qui raconte, de manière très pudique, l’histoire d’une gamine qui se déguise en garçon et connaît une amourette avec une fille de son âge. Je peux vous garantir que les élèves des écoles ne deviendront pas plus transsexuels en regardant Tomboy qu’ils ne deviendront gay en voyant La Cage aux folles ! Au demeurant, la télévision n’est pas une succursale de l’école. Elle a vocation à montrer tous les films qui existent, chacun étant libre ensuite de les regarder ou non. Les messages publicitaires sont d’ailleurs à mon avis beaucoup plus obscènes que les films pornographiques. Mais là encore, à bas la censure !

Démontrer la fausseté de la théorie du genre, c’est démontrer que le genre n’est pas sans rapport avec le sexe, et que l’altérité sexuelle n’est pas une simple « construction sociale ». Ce n’est pas vouloir recréer l’index librorum prohibitorum créé par le Vatican en 1557, encore moins contribuer à l’homophobie, établir une hiérarchie morale des préférences sexuelles, ou flatter le sale museau de l’ordre moral qui prétend réglementer notre vie sexuelle au nom d’une prétendue « loi naturelle », qui n’a de naturel que le nom.

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