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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 18:58

Ecrit le 4 mar 2014 à 3:33 par Frédéric Pichon dans Article

Il est temps de sortir de la réserve


Un an après la formidable mobilisation contre la loi sur le mariage unisexe, l’heure de vérité a sonné : les pontes de l’UMP qui paradaient en tête de cortège, une fois la loi votée, n’ont pas tardé à jeter les masques.

Les duperies de Jean François Copé dont Stéphane Bern révélait qu’il était, en privé, favorable au mariage gay, ne trompent plus personne.

Même la fiabilité des têtes de file réputées les plus sincères apparaît pour le moins limitée.

Hervé Mariton s’empressait, une fois la loi votée, d’indiquer qu’il marierait dans sa commune (tout en ayant l’indécence de participer aux universités d’été de la Manif pour Tous dont une partie des thèmes portait sur la clause de conscience) les couples unisexes, tout comme Henri Guaino se cachant derrière la loi républicaine.

En définitive, moins voyante lors des Manifs pour Tous, à la différence de Marion, Bruno Gollnisch ou Gilbert Collard, mis à l’écart par un cordon sanitaire, tels des pestiférés, pour ne pas approcher les élus de la droite dite « républicaine », Marine Le Pen est présidente de la seule grande formation politique à solliciter l’abrogation de la loi Taubira.

L’adoubement à peine masqué de NKM par Nicolas Sarkozy laisse augurer l’échec de la ligne Buisson ainsi que les tentatives iréniques deSens commun d’infléchir l’UMP dans une perspective de « défense des valeurs ».

Pire, le débat sur « la théorie du genre qui n’existe pas », fait ressortir l’immense responsabilité de l’UMP, quand elle était au pouvoir, pour la promouvoir via le ministre de l’Éducation de l’époque, Luc Chatel, ou des organismes tels que la HALDE créée en 2004 sous un gouvernement UMP.

Les critiques du jeune Guillaume Peltier contre le choix de NKM comme chef de file de la droite parisienne firent rapidement l’objet d’un rappel à l’ordre brutal de ceux-là même dont il aurait pu espérer un soutien : Mariton et Guaino.

Foin d’école buissonnière, de guainoiseries ou de maritonnades, cette génération qui s’est levée l’année dernière et qui a soif d’engagement politique se rabat désormais sur des listes que l’on peut qualifier de « communautaires » ou monothématiques comme la liste Beigbeder à Paris ou Versailles Famille Avenir à Versailles.

Si la légitimité de ces démarches n’est pas sujette à caution dans la mesure où elles mettent en relief l’imposture de cette gigantesque arnaque électorale qui s’appelle l’UMP, elles risquent d’enfermer ce combat dans une case, dans un quant à soi de cathos, par les cathos pour les cathos.

En premier lieu parce que l’on ne peut pas et que l’on ne doit pas enfermer la Manif pour Tous dans une case.

Certes, si la majorité des manifestants de la LMPT sont majoritairement sociologiquement identifiables, ce combat a transcendé les courants politiques, religieux et culturels.

L’anthropologie pas plus que le bon sens ne sont de droite ou de gauche.

Et la LMPT gagnerait plus à rester un puissant lobby agissant de l’extérieur qu’à se faire récupérer par une quelconque formation politique.

« Il est temps, de sortir de sa réserve pour aller rejoindre l’immense majorité des petits, des sans grades, non pour sombrer dans la démagogie facile mais pour élever ceux qui souffrent parce que soi-même on a beaucoup reçu. »

Ensuite parce que si le combat pour les valeurs ou la famille est fondamental, il ne peut pas être dissocié du reste.

Si les listes monothématiques peuvent réaliser un bon score lors d’une élection locale voire aux européennes, l’expérience a hélas montré qu’elles n’ont jamais perduré : l’exemple des listes du mouvement « Combat pour les valeurs » de Philippe de Villiers, en dépit du talent de leur tête de file, le démontre.

Enfin, parce que la majorité des dispositions concernant la bioéthique ou la famille sont désormais décidées au niveau européen et qu’à la faveur d’un abandon de souveraineté voulu tant par la gauche que la droite, ces dispositions priment sur le droit national.

Et qu’il est donc impossible de remettre en cause ces dispositions sans remettre en cause cette Europe-là, c’est-à-dire une Europe transatlantique sur le plan géopolitique, marchande et immigrationniste sur le plan économique et nihiliste sur le plan des valeurs.

Le combat à mener est un combat pour le bien commun, un combat global pour notre pays et doit rassembler tous nos compatriotes.

Or force est de constater que peu de ceux qui sont plus royalistes que le roi sur le sujet des « valeurs », sont montés au créneau au moment du débat sur le travail le dimanche ou pour lutter contre la mondialisation libérale qui délocalise à tout va, taille en pièce notre industrie et met sur la paille des milliers d’ouvriers.

Parler ainsi, c’est nous dit-on tenir un discours de gauche. Cela est curieux venant de ceux-là même qui se réclament de la doctrine sociale de l’Église et organisent des colloques sur le sujet. Ont-ils oublié les dénonciations de Léon XIII sur le capitalisme cupide et l’usure dévorante ? Prêtent-ils attention aux homélies du pape François ?

Que le lecteur me pardonne. Mais ce constat, je l’ai fait en rencontrant ici où là des personnes me parlant de valeurs, faisant leurs petites listes entre gens bien et me justifiant par ailleurs les plans sociaux pour permettre aux actionnaires de réaliser des meilleures plus-values.

Et de jeter un regard de mépris sur les bras cassés d’à côté parce qu’ils ne comptent pas sur leur liste des cadres supérieurs, des jeunes loups sortant d’HEC ou de Polytechnique ou des spécialistes en placements financiers (tout simplement parce que lesdits cadres n’auront jamais le cran de se mouiller sur une liste trop « marquée »).

Si nous ne relions pas le combat des « valeurs » au combat national pour la souveraineté et au combat social pour la défense des plus petits, de ceux qui souffrent d’une logique économique implacable à des années lumières des prescriptions évangéliques, alors nous ne vaudrons guère mieux que les versaillais qui faisaient tirer sur les communards au nom de l’ordre moral.

Cela, des chrétiens comme Albert de Mun ou La Tour du Pin, inspirateurs de Rerum Novarum, l’avaient compris.

En définitive, il est temps, de sortir de sa réserve pour aller rejoindre l’immense majorité des petits, des sans grades, non pour sombrer dans la démagogie facile mais pour élever ceux qui souffrent parce que soi-même on a beaucoup reçu.

Source et publication: Frédéric Pichon https://www.facebook.com

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