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22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 09:06

Le 21 mars 2014

C’est digne de Lazare ; le ressuscité,pas la banque presque éponyme.

Il y eut Boudu sauvé des eaux.

Aujourd’hui, Alain Juppé, miraculé du marais politique.

En effet, qu’on y songe, c’était naguère : « le meilleur d’entre nous », Jacques Chirac dixit.

Mais pourtant hué par la foule des militants du RPR au tout début des années 90, lors de la fronde menée par Charles Pasqua et Philippe Séguin ; ailes droite et gauche du gaullisme réunies contre celui qui s’apprêtait à tout brader : le technocrate honni, chauve de l’intérieur, l’arrogant qui jouait les lointains.

Le chouchou du Président.

Néanmoins, lors du puputsch sarko-balladurien de 1994, Juppé demeura fidèle, alors que Pasqua, le vieux hussard, passait à l’ennemi avec armes, troupes, « affaires » et bagages. 1995, Juppé à Matignon, tôt impopulaire.

La bonne logique politique aurait voulu que ce soit Philippe Séguin qui s’y colle ; mais Jacques Chirac ne voulait pas du plus rugueux d’entre eux, optant là pour le plus docile de la bande.

Si docile qu’il jouera plus tard le fusible en chef dans les troubles histoires de la mairie de Paris, manquant de peu de passer par la case prison sans même toucher les vingt mille balles de rigueur.

Entre-temps, Alain Juppé aura eu le temps de gravement injurier le Front national devant un auditoire de lycéens, façon Corée du Nord, assurant que le parti en question était « raciste, antisémite et xénophobe ».

Plus grave, le 5 décembre 1995, la France réintégrait discrètement le commandement de l’OTAN ; ce, sous son autorité.

Du gaullisme d’antan ne demeurait plus qu’un pompidolisme mou. Et Nicolas Sarkozy n’avait plus qu’à officiellement parachever cette définitive offense faite à la France.

Bref, Alain Juppé, finalement viré de Matignon. Détesté de tous, tenaillé par saTentation de Venise. Tout laisser tomber pour se tirer en gondole avec son Isabelle d’épouse, ancienne journaliste à La Croix.

De quoi se gondoler, effectivement. Puis, le miracle bordelais. Dans l’auguste ville, belle endormie sous l’interminable règne du défunt Jacques Chaban-Delmas, il fit des miracles.

Mais sans parvenir à transformer l’essai au niveau national : maire de Bordeaux, oui. Mais député, non.

Aujourd’hui, résurrection sondagière. Les militants de l’UMP le plébiscitent pour l’élection présidentielle de 2017 (32 % contre seulement 28 % à Nicolas Sarkozy).

Et largement devant les deux gnomes politiques que sont Xavier Bertrand et Jean-François Copé, 2 % chacun au Top 50 de l’UMP.

En ce sens, Alain Juppé, c’est une sorte de Laurent Fabius de droite. Même manque de convictions profondes, l’un est un gaulliste à peu près aussi plausible que l’autre fait un socialiste crédible.

Les deux tôt amenés jeunes aux plus hautes fonctions, avant de sombrer dans les carambouilles judiciaires et de jouer au saut à l’élastique sans élastique dans la grande foire aux sondages.

François Bayrou, qui fait preuve d’un indéniable flair politique – plus pour les autres que pour lui, soit dit en passant –, serait donc enclin à lancer toutes les forces du MoDem – nous sommes plus dans le registre du lance-pierre que dans celui des orgues de Staline –, jouant la carte Juppé lors de la prochaine échéance présidentielle.

D’où cette fracassante déclaration du même, dans Le Point du 19 mars dernier : « Le centre, c’est le désir de renouveler l’offre politique en cherchant le rassemblement le plus large possible.

Ce rassemblement passe forcément par les gens de droite raisonnable et républicaine et une partie des gens de gauche, des gens qui sont raisonnables et républicains et qui ne peuvent se satisfaire d’alliances étranges avec des courants populistes, d’un côté ou de l’autre. »

On attendait mieux de l’homme qui écrit lui-même ses livres et nous offrit une brillante biographie d’Henri IV. « Offre politique » ? « Raison et République » ? Quel langage de margoulin… Genre marchand d’encyclopédies qui, du pied, coince la porte du futur pigeon à plumer.

D’ailleurs, à propos « d’offre politique », Alain Juppé, futur perdreau de l’année, aura 72 balais en 2017. Même dans la défunte URSS, ils n’auraient peut-être pas osé.

Nicolas Gauthier

Journaliste, écrivain.

Nicolas Gauthier est auteur avec Philippe Randa des Acteurs de la comédie politique. 29 € À commander en ligne surfrancephi.com.

Source http://www.bvoltaire.fr/nicolasgauthier/alain-juppe-desormais-le-meilleur-dentre-eux,54011?utm_source=La+Gazette+de+Boulevard+Voltaire&utm_campaign=c4e4238952-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_71d6b02183-c4e4238952-30403221&mc_cid=c4e4238952&mc_eid=35158644a0

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