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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 16:11

Les dessous du nationalisme ukrainien

Publié le 28 janvier 2014 par Jean-Marc Desanti - Article du nº 340

Au moment même où par le monde, il n’y a plus d’indépendance pour les états, limités qu’ils sont dans l’exercice réel de leur liberté par les contraintes financières et les pressions politiques, où Jacques Attali indique dans La Tribune :« Les métropoles devront savoir attirer une classe moyenne grandissante, mais aussi composer avec une élite hypernomade et sans attache, et avec des populations de travailleurs toujours plus itinérantes, déménageant au gré de la demande de main d’œuvre. Elles supplanteront les nations », on assiste paradoxalement à une montée des nationalismes qui vient des profondeurs et se manifeste par des violences apparemment incontrôlables.

C’est le cas de l’Ukraine depuis plusieurs mois.

On nous vend un conflit entre des pro UE et des nostalgiques de l’Urss.

Quoique les communicants ukrainiens pro UE savent y faire : ils peuvent sortir de leur sac une charmante jeune femme au discours bien calibré.

Nataliya Gumenyuk, boursière du gouvernement suédois, qui à 21 ans fit un master de journalisme à l’université d’Örebro, ancienne journaliste de la télévision publique ukrainienne, créatrice de la télé libre sur internet le jour des premières manifestations, invitée à Davos dans le groupe des « Global Shapers » (ces jeunes élites dont le Forum économique mondial considère qu’elles sont déjà en train de façonner le monde de demain) vient de demander une aide concrète de l’UE en développant une argumentation imparable : « le problème n’est pas la Russie mais l’injustice, la corruption, le népotisme et l’intolérance ».

Les pions de l’UE sont donc placés.

Tout d’abord le sympathique et courageux boxeur Vitali Klitschko qui déclare bien avoir une carte de résidant en Allemagne mais ajoute qu’il est néanmoins un patriote et n’est guidé que par les intérêts de son pays … Guidé dit-il ?

Pourquoi ne pas préciser alors à ses concitoyens qu’il n’a pu créer son parti Udar que grâce à la « Fondation Konrad Adenauer » piloté par le Bundesnachrichtendienst (BND ) le service de renseignement allemand directement placé sous l’autorité de la Chancelière ?

Le créateur et premier chef de ce remarquable « service » ne fut autre que Reinhard Gehlen, général de brigade sous le troisième Reich, chargé des opérations de renseignement et d’action à l’Est, puis travaillant avec Allan Dulles, patron de l’OSS ( la future CIA ) au soutien des Werwölfe ( les loups-Garous ) groupes clandestins agissant dans les pays de l’Est spécialement en Ukraine ( le pays frontière ) avec le « Werwolf Edelweiss Piraten » formé d’ancien SS encadrant l’Armée Insurgée Ukrainienne.

On comprendrait peut-être mieux alors ses hésitations quant à son positionnement avec le parti Svoboda dont les milices font preuve d’une extrême violence et sont en première ligne pour la prise des édifices gouvernementaux, dont le chef Oleh Tyahnybok, dans son fameux discours de 2004 à la mémoire de l’Armée Insurgée Ukrainienne, combattant les soviétiques dès 1942, massacrant de nombreuses communautés juives et active jusqu’en 1954, glorifie « ces hommes des bois pourchassant les youpins ».

Le même sbire qui en avril 2005 demanda dans une lettre ouverte une enquête parlementaire sur « les «activités criminelles de la communauté juive en Ukraine », et dont « l’idéologue » Yuriy Mykhalchyshyn dans son livre « le social-nationalisme » qualifie l’holocauste comme « une période de lumière dans l’histoire » ….

.Mais dont le programme comprend « l’adhésion à l’OTAN ».

Bien entendu rien de choquant dans tout cela.

La CIA fait son travail, et de plus en plus en toute lumière, que ce soit lors des révolutions orange (déjà en Ukraine en 2004) , dans le programme de formation des cadres des gouvernements occidentaux (Young Leaders) ou dans la pénétration des milieux de « jeunes issus de l’immigration » dans les cités européennes avec l’aide et l’argent du Qatar et de l’Arabie Saoudite.

D’ailleurs la CIA est devenue une ONG. On la visite, elle conseille et produit rapports et statistiques de bonne valeur qu’il convient de ne pas mépriser.

Qui n’a pas connu, ne connaît ou ne connaîtra pas un « agent » de l’honorable agence ? Certes , convenons qu’elle se fait discrète pour les coups vraiment tordus … Ceux-ci sont assez rares quantitativement parlant.

Le secret est très largement d’un autre siècle : WikiLeaks ? Snowden ? Tiens on vient de libérer Anat Kam, la “Snowden” israélienne … Et alors rien ne bouge.

Les peuples décimés dans leur identité ont tellement de mal à s’unir, à surmonter leurs divisions pour se muer en force de frappe …

Aujourd’hui les « agences » « managent » le présent.

En Ukraine c’est bien le quotidien des « affaires » que l’on gère.

Les admirateurs de Poutine, ceux qui n’ont pas assez marché au pas en cadence et qui préfèrent le parrain mafieux chassant l’ours au black dégingandé qui tance pour rire la NSA ne comprennent pas ou font mine d’oublier que Poutine n’est rien d’autre que ce mystérieux coupe-jarrets d’Eltsine, ripaillant et passant d’agréables vacances avec les oligarques d’alors en se disputant leurs putes ukrainiennes.

Les causes de la crise sont apparemment élémentaires : un accord d’association et de libre-échange avec l’UE contre un projet d’Union douanière avec la Russie ayant vocation à devenir une union économique eurasiatique.

Sauf que la violence se catalyse aujourd’hui autour du projet d’intégrer l’OTAN comme cela a été le cas en Géorgie.

Il n’y a pas de risque de guerre entre la Russie et les USA , l’OTAN marque la limite des impérialismes.

On pouvait croire que le capitalisme transnational avait triomphé et que les États n’en étaient plus les objets de convoitises . C’est en partie vrai mais il demeure des tenanciers de banques régionales.

C’est comme à Lyon, Marseille, Grenoble, Naples… Il y a des accords solides entre le grand banditisme mais dans les quartiers de petits caïds veulent leur part du gâteau… Après tout, ce sont eux qui veillent à la bonne marche des affaires et font le sale boulot, assez dévalorisant, au quotidien.

Alors la mafia leur concède quelques miettes mais s’ils sont trop gourmands….

Dans ce jeu pervers étatique de récolte de fonds pour la Banque c’est la même chose. Des hobereaux veulent leur part et le grand boss doit en tenir compte.

Poutine a ses féodaux ainsi que l’UE et Obama.

Dans tout système qui marche il y a des intermédiaires plus ou moins gourmands et fidèles. Mais on habille ces bassesses d’idéologie… Ça occupe les peuples.

Le mouton veut bien encore se faire tondre et mourir pour le drapeau, ne lui dites pas que c’est pour des cyniques plaisantant et fumant des havanes sur des canapés en cuir… Pourtant la mèche a été vendue il y a bien longtemps par Marx , Anatole France ou Jünger et Henry Kissinger, cette vieille canaille, nous le rappelle à sa manière dans White House Years : « Le profane spécule en terme d’absolu. Pour lui le bien et le mal sont nettement définis. Le leader politique ne peut s’offrir ce luxe. Il atteint son but par étapes et chaque pas est toujours moralement imparfait. Le mal et la barbarie perdent leur caractère d’absolu. ».

Mais alors comment se fait-il que l’on puisse trouver encore des officiers, des femmes et des hommes d’élites qui se prennent au jeu de ces manipulations putrides au service d’êtres dépravés ?

Francis Lennox , ancien responsable de l’antenne asiatique de la CIA de 1951 à 1967 y répond : « L’humanité ne saura jamais à quoi elle a échappé … Toute la suffisance qui nous animait tient dans cette profession de foi, cette escroquerie d’idéologues . L’aveuglante certitude.

Le mal perd son nom au service du bien. En cela la foi qui nous guidait était celle dont se gavaient les prêtres de l’Inquisition pour aller jusqu’au bout de leurs crimes. Il y a pire. Je sais aujourd’hui que le dédain vertigineux que nous inspirait la naïveté de ces simples mortels dont nous avions la garde n’avait d’autre raison que de masquer notre propre puérilité. Nous étions des joueurs infantiles prêts à tout pour ne pas laisser se terminer la partie. La cause ne comptait plus.

L’essentiel était de poursuivre le jeu. Le jeu délectable de la guerre : le Krisgsspiel. »

Il est, dit-on, des choses qui ne sont pas bonnes à remuer. On ne dérange pas le tigre. Je pense le contraire.

Je pense que l’Histoire est dépourvue de raison, de sens et de morale. Elle n’a de vérités que celle que lui prêtent les hommes. Sûrement que les questions qu’elle soulève n’appellent pas de réponses.

Seulement d’autres questions et cela à l’infini.

C’est ainsi, déroutant et effrayant, nous risquons le sort d’Icare mais c’est notre prix pour une simple esquisse de liberté.

Source et publication: Jean-Marc DESANTI

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