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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 11:43

Le quotidien catholique "Présent" a publié, dans sa livraison n° 8021 du
15/01/2014, un excellent article, un article "roboratif" comme on dit
aujourd'hui et qui tranche avec ce qu'on peut lire partout ailleu
rs.

Il est signé de Me Trémolet de Villers,


La République contre le rire

"Forum et Jus" ! Le débat public et le droit ! Ces deux mots latins qui
formaient la devise du grand Berryer s¹imposent à la plume et à la parole
pour l¹avocat qui contemple, saisi, le mélodrame
Valls-Dieudonné.


Quand il s¹agit de liberté publique, et du rire, du droit de rire qui,
comme chacun le sait, étant "le propre de l¹homme", est, au plus haut point,
celui du Français ce n¹est pas dans le catimini d¹une décision
administrative dont tout juge vous dira qu¹à cette vitesse-là elle était,
bien sûr, rédigée à l¹avance, que se mène la discussion et que se prend la
décis
ion.

C¹est au grand jour du débat public, dans la salle d¹audience d¹un
tribunal ou d¹une Cour de l¹ordre judiciaire. "Forum et Jus"
!


"Aujourd¹hui, la République, elle a gagné", a répété deux fois, devant
les micros et les caméras, un ministre de l¹Intérieur qui parle le français
comme un Valls espagnol. "La République, elle a gagné !" Il faudra bien lui
apprendre qu¹en français, au contraire du catalan qui est une belle langue
que je respecte comme un parler-frère d¹une province s¦ur, l¹emploi du
substantif sujet évite l¹usage du pronom qui suit, on dit "la République a
gagné", ou, peut-être, si l¹on veut faire une figure oratoire, "Elle a
gagné, la République" ! Mais pas "La Républiqu
e, elle..."


Contre qui a-t-elle gagné, la République ?


L¹exemple est trop beau, et pourtant l¹exemple, il est vrai, comme dit
le ministre de l¹Intérieur, la République, c¹est contre le rire et contre la
liberté qu¹elle a gagné
!


On dira : le rire n¹était pas de bon goût. Et puis, la liberté, ce n¹est
pas la possibilité de tout dire ! (en syntaxe approximative, signée Valls).
Deux propositions parfaitement exactes
.

L¹un des morceaux comiques de
Dieudonné M¹bala, M¹bala, sur son père au Cameroun et sur les Pygmées, m¹a
paru, surtout dans la fin, proprement insupportable. J¹aurais été au
théâtre, j¹aurais sifflé... je pense ou du moins j¹espère qu¹il aurait
compris et accepté ma protestation. Il paraît qu¹il en a d¹autres, touchant
à la foi et à l¹Eglise catholique..., il paraît aussi qu¹il y en a qui sont
douloureux, des propos comiques (comme dirait la syntaxe à la Valls), pour
des orei
lles juives.

Et alors ? Si c¹est le cas, on peut ne pas aller au
spectacle, déconseiller de s¹y rendre, dire son opposition à l¹histrion en
allant lui rendre visite et même, à la rigueur, si on ne craint pas le
ridicule, lui faire un procès devant le tribunal. "Forum et
Jus" !


Mais une interdiction administrative, a priori, sur tout le territoire
national, par la mise en mouvement des préfets de la République ! Cela ne
signifie pas que la République, elle a gagné, mais bien, en réalité que, la
République, elle est en dang
er.

Quand la République, elle est en danger, ça va mal pour le rire et pour
la liberté. Nous le pressentions depuis la répression des manifestations du
Printemps français. Nous allons le sentir avec celles qui viennen
t.

Ces
gens-là, ils sont dangereux, pas pour la République, elle s¹en nourrit, mais
pour la liberté et pour le rire qui va avec la libe
rté.


Nous apprenons, grâce à la plume savante d¹Yves Chiron, que sainte
Jeanne de Lestonnac, la nièce du charmant Montaigne, était très attentive à
ce que le service de Dieu se fît dans l¹allégresse. ("Présent", samedi 11
janvier 2014).
"Qui ne danse pas fait l¹aveu tout bas de quelque disgrâce", disait
Louis-Ferdinand. On peut en dire autant de celui qui ne rit
pas.


Le rire, comme la liberté, qui marche avec lui, nécessite toujours une
marge de tolérance. Il y a une crainte, raisonnable, devant le rire. Il peut
être allégresse. C¹est le rire sain, et saint
.

Celui de Jeanne de Lestonnac.
Celui de Jeanne d¹Arc, jusque dans les moments les plus durs du procès de
Rouen, quand le greffier note qu¹il y a chez elle des accès de rire et de
sourire "surprenants et insole
nts".

Et puis il y a le rire méchant,
sardonique, qui peut être aussi le rire sinistre. Entre les deux, les
nuances sont innombrables. On peut en dire tout autant pour la liberté. Il y
a "la sainte liberté" des enfants de Dieu, et puis il y a celle au nom de
qui on commet tant de crimes. Mais, voilà, nous le savons depuis l
e début.


En faisant l¹amour, Adam et Eve prennent le risque d¹enfanter Caïn.

Par
principe de précaution, ils peuvent tenter de limiter les naissances à la
venue du gentil Abel. Ils n¹auront ni l¹un, ni l¹autre. La liberté, comme le
rire, comme la vie, ne se divisent pas. Il faut, a priori, assumer le
risque, et puis, a posteriori, ne pas hésiter à choisir.
Mais l¹Etat, et le Conseil d¹Etat, le ministre de l¹Intérieur, même si
c¹est un Catalan espagnol, n¹ont aucune compétence pour juger
du rire.


Et puis, puisque nous sommes dans le rire, le président normal sur sa
petite vespa, à la rencontre, façon vacances romaines, de sa jolie Julie,
c¹est bien rigolo, non ? J¹entends les grandes consciences, auxquelles même
notre Marine nationale a joint sa voix, nous dire que, la vie privée, il ne
faut pas y touch
er !

Doucement, Messieurs, Mesdames,... Doucement... on ne
touche pas à la vie privée d¹un homme privé... mais un président de la
République... c¹est-à-dire un homme qui a été candidat, sans qu¹on lui
demande rien, pour être élu, ce qu¹il a obtenu, à une fonction qui consiste
à présider aux destinées publiques de toute la nation, il aurait droit à une
vie
privée ?

Et puis quoi encore ? La vie privée, ça se paie, avec l¹argent
gagné dans une activité privée. Quand on vit, soi et ses concubines
régulières ou passagères, de l¹argent public, ceux qui paient ont le droit
de savoir où va l¹argent. Rien n¹est gratuit, pépère, et tout se paie, même
la vespa et le studio de la dem
oiselle.


Mais, pépère, qui ne l¹est pas tant que ça, a bloqué toutes les
informations. Ordre supérieur
!


Je vous le dis, ces gens sont dangereux.


Donc, nous allons marcher, les trois dimanches qui viennent, dans la
rue, en chantant, en priant, en riant (*). Cet incident que Dieu nous a
donné nous met en éveil, plus encore que nous ne l¹étions, au cas où notre
attention serait retombée. Avec de tels hommes au gouvernement, il ne faut
pas hésiter. Marcher dans la rue, manifester, s¹opposer devient un devoir
d¹état. Je ne sais pas si la poule au pot du dimanche doit, obligatoirement,
se doubler de la quenelle, sauce nantua, le vendredi, mais il me semble
qu¹une telle résolution, outre qu¹elle viendrait au secours de certains
artisans de la cuisine injustement atteints dans leur gagne-pain, serait un
acte de liberté gastronomique adapté aux
circonstances.


"Allons, enfants de la patrie", chantaient les spectateurs du Zénith de
Nantes, à l¹annonce de la suppression du spectacle dont ils avaient payé le
billet. Je ne sais si les paroles de notre hymne national, avec "le sang
impur qui abreuve nos sillons", sont vraiment celles qui conviennent, mais,
au-delà des mots, il y a du rythme, et puis, c¹est bien vrai que Valls, le
ministre, il a levé, "contre nous, l¹étendard de la tyr
annie".


Jacques Trémolet de Villers
< END>

(*) Allusion, entre autres, à la manifestion prévue pour le 26 janvier
prochain, "Jour de
colère".

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