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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 12:34

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2014/01/26/01016-20140126ARTFIG00134

-quand-les-professeurs-peinent-a-enseigner-la-shoah.php

Quand les professeurs peinent à enseigner la Shoah

Des élèves contestent l'évocation du génocide juif. L'affaire Dieudonné a

ravivé un antisémitisme latent.

Avec l'affaire Dieudonné, une digue morale vient de sauter dans les

établissements scolaires, selon certains enseignants interrogés par "Le

Figaro". "La Shoah, j'en suis gavé depuis la classe de troisième. Entre les

émissions de télé, les séries, l'école, on ne parle que de ça. Moi, ça me

fait du bien d'en rire avec Dieudonné."

Voici ce qu'a entendu la semaine dernière un professeur d'histoire parisien lors d'un cours consacré à la Seconde Guerre mondiale.

"Pourquoi parle-t-on tout le temps du génocide juif

et pas du génocide rwandais ou cambodgien?", écrit une élève à la fin d'un

devoir d'histoire sans vouloir réaliser, apparemment, qu'elle vit en France.

Le mois dernier, une enseignante, professeur contractuelle

d'histoire-géographie dans un lycée de Saint-Priest (Rhône), a déposé

plainte en raison d'attaques à caractère antisémite de ses élèves. Elle

s'est ainsi entendu dire: "On ne veut pas d'une juive comme professeur dans

notre classe."

Sur certaines photos de classe abondamment médiatisées, des élèves font,

depuis deux ans environ, le signe de ralliement à Dieudonné, la "quenelle",

ce geste que le ministre de l'Intérieur a récemment qualifié d'antisémite

mais que les élèves revendiquent plutôt comme "antisystème". Déjà en 2009,

alors qu'un enseignant de mathématiques du Blanc-Mesnil avait été la cible

d'une inscription anti-juive, la conseillère principale d'éducation du lycée

y voyait l'influence de Dieudonné: "Son auteur aurait été influencé par des

idées véhiculées dans les banlieues, et par le polémiste qui y fait parfois

figure d'idole", estimait-elle.

"Dans certains endroits, il est difficile d'enseigner tout court, ce

sont ces endroits où les élèves sont trop éloignés de l'école. Ailleurs, il

n'y a pas de difficulté spécifique à enseigner la Shoah", estime toutefois

Sophie Ernst, professeur de philosophie, enseignante dans le Val-de-Marne.

Avant la forte médiatisation du bras de fer mené par Manuel Valls pour

annuler la nouvelle tournée de Dieudonné, avance-t-elle, "une bonne moitié

d'élèves" n'avaient jamais entendu le nom du personnage. "Depuis, certaines

voix se sont élevées pour dire qu'on en parlait beaucoup parce que les juifs

étaient visés."

"Aujourd'hui, la mémoire est devenue l'affaire de chaque communauté

souffrante. Chacun réclame son droit à l'histoire", regrette la philosophe

qui propose de réinscrire l'enseignement de la mémoire dans celui de la

morale laïque. "On a communautarisé la mémoire, alors que la visée aurait dû

rester universaliste."

Rapportant les propos de professeurs démunis face à l'affaire Dieudonné,

Vincent Peillon estime que "cette situation n'est pas tolérable".

L'enseignement de la Shoah doit-il être remis en question? Pour nombre

d'historiens, on a trop souvent considéré l'évocation de cette période de

l'histoire comme un moyen de lutter contre l'antisémitisme. Au risque de

mélanger les genres. Cet enseignement a aujourd'hui adopté une approche

résolument scientifique.

Mais pour Iannis Roder (*), professeur d'histoire en Seine-Saint-Denis et formateur au Mémorial de la Shoah, des progrès considérables restent à faire.

Les professeurs qu'il voit passer - environ 1 000 par an - viennent

rechercher des contenus. "Le discours public laisse à penser que l'on

connaît tout sur cette période.

Nous sommes abreuvés de Shoah, mais les choses sont mal dites." Iannis Roder combat ce qu'il appelle "la pédagogie de l'horreur". "En choquant, on paralyse la pensée", poursuit celui qui

bannit le film "Nuit et Brouillard" pourtant souvent diffusé en classe de

troisième ainsi que "les pèlerinages doloristes à Auschwitz".

D'aucuns estiment même que ces voyages pensés comme des vaccins antiracistes sont un ratage complet. "Il faut entrer dans cette question par le nazisme, par la

politique.

Si les souffrances ne peuvent être comparées, les systèmes politiques peuvent l'être", résume l'enseignant qui entend ainsi couper court aux interrogations communautaristes classiques formulées par certainsélèves(*) L'un des auteurs de l'ouvrage "Les territoires perdus de la République",paru en 2002.

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Quand les professeurs peinent à enseigner la Shoah

Des élèves contestent l'évocation du génocide juif. L'affaire Dieudonné a
ravivé un antisémitisme latent.
Avec l'affaire Dieudonné, une digue morale vient de sauter dans les
établissements scolaires, selon certains enseignants interrogés par "Le
Figaro". "La Shoah, j'en suis gavé depuis la classe de troisième. Entre les
émissions de télé, les séries, l'école, on ne parle que de ça. Moi, ça me
fait du bien d'en rire avec Dieudonné." Voici ce qu'a entendu la semaine
dernière un professeur d'histoire parisien lors d'un cours consacré à la
Seconde Guerre mondiale. "Pourquoi parle-t-on tout le temps du génocide juif
et pas du génocide rwandais ou cambodgien?", écrit une élève à la fin d'un
devoir d'histoire sans vouloir réaliser, apparemment, qu'elle vit en France.
Le mois dernier, une enseignante, professeur contractuelle
d'histoire-géographie dans un lycée de Saint-Priest (Rhône), a déposé
plainte en raison d'attaques à caractère antisémite de ses élèves. Elle
s'est ainsi entendu dire: "On ne veut pas d'une juive comme professeur dans
notre classe."
Sur certaines photos de classe abondamment médiatisées, des élèves font,
depuis deux ans environ, le signe de ralliement à Dieudonné, la "quenelle",
ce geste que le ministre de l'Intérieur a récemment qualifié d'antisémite
mais que les élèves revendiquent plutôt comme "antisystème". Déjà en 2009,
alors qu'un enseignant de mathématiques du Blanc-Mesnil avait été la cible
d'une inscription anti-juive, la conseillère principale d'éducation du lycée
y voyait l'influence de Dieudonné: "Son auteur aurait été influencé par des
idées véhiculées dans les banlieues, et par le polémiste qui y fait parfois
figure d'idole", estimait-elle.
"Dans certains endroits, il est difficile d'enseigner tout court, ce
sont ces endroits où les élèves sont trop éloignés de l'école. Ailleurs, il
n'y a pas de difficulté spécifique à enseigner la Shoah", estime toutefois
Sophie Ernst, professeur de philosophie, enseignante dans le Val-de-Marne.
Avant la forte médiatisation du bras de fer mené par Manuel Valls pour
annuler la nouvelle tournée de Dieudonné, avance-t-elle, "une bonne moitié
d'élèves" n'avaient jamais entendu le nom du personnage. "Depuis, certaines
voix se sont élevées pour dire qu'on en parlait beaucoup parce que les juifs
étaient visés."
"Aujourd'hui, la mémoire est devenue l'affaire de chaque communauté
souffrante. Chacun réclame son droit à l'histoire", regrette la philosophe
qui propose de réinscrire l'enseignement de la mémoire dans celui de la
morale laïque. "On a communautarisé la mémoire, alors que la visée aurait dû
rester universaliste."
Rapportant les propos de professeurs démunis face à l'affaire Dieudonné,
Vincent Peillon estime que "cette situation n'est pas tolérable".
L'enseignement de la Shoah doit-il être remis en question? Pour nombre
d'historiens, on a trop souvent considéré l'évocation de cette période de
l'histoire comme un moyen de lutter contre l'antisémitisme. Au risque de
mélanger les genres. Cet enseignement a aujourd'hui adopté une approche
résolument scientifique. Mais pour Iannis Roder (*), professeur d'histoire
en Seine-Saint-Denis et formateur au Mémorial de la Shoah, des progrès
considérables restent à faire.
Les professeurs qu'il voit passer - environ 1 000 par an - viennent
rechercher des contenus. "Le discours public laisse à penser que l'on
connaît tout sur cette période. Nous sommes abreuvés de Shoah, mais les
choses sont mal dites." Iannis Roder combat ce qu'il appelle "la pédagogie
de l'horreur". "En choquant, on paralyse la pensée", poursuit celui qui
bannit le film "Nuit et Brouillard" pourtant souvent diffusé en classe de
troisième ainsi que "les pèlerinages doloristes à Auschwitz". D'aucuns
estiment même que ces voyages pensés comme des vaccins antiracistes sont un
ratage complet. "Il faut entrer dans cette question par le nazisme, par la
politique. Si les souffrances ne peuvent être comparées, les systèmes
politiques peuvent l'être", résume l'enseignant qui entend ainsi couper
court aux interrogations communautaristes classiques formulées par certains
élèves.
(*) L'un des auteurs de l'ouvrage "Les territoires perdus de la République",
paru en 2002.

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