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12 janvier 2014 7 12 /01 /janvier /2014 18:59

La désintégration programmée de la nation

11 janvier 2014, 14:28 Auteur : Jean Monneret

Par Jean Monneret ), historien.

« Rome se fit tant de nouveaux citoyens, par brigue ou par raison, qu’à peine pouvait-elle se reconnaître elle-même parmi tant d’étrangers qu’elle avait naturalisés. »

Bossuet.

Discours sur l’Histoire Universelle.

Un certain rapport officiel sur l’immigration et l’intégration a fait couler beaucoup d’encre ces dernières semaines.

Il s’agit d’un texte en cinq volumes publié sur le site du Premier ministre, lequel avait approuvé la composition des commissions désignées pour le rédiger.

Ce texte a soulevé une légitime indignation.

Légitime, car bien des Français ont découvert avec surprise et colère que nos politiques envisagent de démanteler la chère (autant que dispendieuse) république égalitaire, sociale et laïque dans laquelle ils croient vivre.

Colère légitime mais pourtant bien tardive. En matière d’immigration, les initiés et les renseignés savent en effet depuis belle lurette que les propositions des cinq groupes de travail précités ont constitué l’orientation de base de notre classe politique (droite et gauche confondues) durant les 30 années écoulées.

Qu’y a-t-il donc dans ce quintuple rapport ?

D’abord il y est question de remplacer l’intégration des nouveaux venus par l’inclusion. Ne parlons pas d’assimilation car, pour nos hiérarques et leurs idéologues de service, c’est devenu un gros mot.

Bien sûr certains objecteront qu’il ne faut pas dramatiser, que cela relève du folklore sémantique et qu’il vaut mieux en rire.

Ce serait négliger le côté orwellien de ces exercices jargonneux, qui font souvent froid dans le dos.

Ce serait oublier aussi que des actes précis et des décisions extrêmes y correspondent déjà.

Les politiques qui ont chassé Louis XIV des programmes d’histoire et qui veulent que, désormais, les petits Français étudient les royaumes africains, n’ont pas attendu le rapport dont nous parlons ; ils ne jouent pas. Ils agissent, ils tranchent. Et cette décision date du quinquennat précédent.

Indiquer comme le fait le quintuple rapport que « l’héritage légué par les migrants fait partie de l’identité française » a de quoi heurter. Affirmer que la France doit « assumer sa dimension arabo-orientale(sic) » est aussi ridicule qu’inquiétant.

Car ces formules sont aussi imprécises qu’absurdes : on peut apprécier le couscous, les maqrouds et la lecture d’Ibn Khaldoun, sans pour autant avoir envie d’assouplir l’interdiction du voile à l’école. (Or c’est une des recommandations du texte.)

Asservir les femmes, ou laisser des imams diriger nos cités par délégation n’a jamais fait partie de la dimension franco-occidentale de notre pays. La France est depuis des siècles une terre de liberté.

Voilà la dimension qu’il convient d’assumer. Or, réclamer, comme le rapport, la création d’un délit de harcèlement racial pourrait mener aux pires abus. Ce ne serait pas l’instauration du terrorisme intellectuel,- il ne se porte déjà que trop bien-, ce serait la possibilité d’une véritable tchéka de la pensée unique qui se dessinerait.

Sur tous ces points, d’excellents commentaires ont déjà été publiés dans une partie de la presse. Je reprendrai ici le jugement de Mme Malika Sorel-Sutter, qui me semble les résumer tous : « Pour moi, il s’agit de déraciner le peuple français. »

Ajoutons-y quelques commentaires malicieux et amusants, car, aujourd’hui les occasions de rire se raréfient : Gilles-William Goldnagel estime que la gauche est prise « une nouvelle fois en flagrant délire ». François d’Orcival rappelle que le rapport invite à « faire France », (expression biscornue calquée sur : « faire chic »), pour évoquer l’accueil des étrangers et la transformation multiculturelle du pays.

Ce que l’éditorialiste propose en fait de traduire par : « défaire la France ».

La réaction du président Hollande à la publication de ce rapport fut qu’il ne correspondait pas à l’orientation du gouvernement. Ce qui reste à prouver. Il y a tout lieu de craindre, au contraire, que la règle soit ; y penser toujours, n’en parler jamais, selon un précédent fameux.

Pour ma part, je souhaiterais attirer l’attention sur une partie moins remarquée de ce rapport.

Le texte-feuille de route conseille de créer un musée des migrations. Tout naturellement il suggère qu’il soit installé à l’Hôtel de la Marine, place de la Concorde, où fut signé en 1848 le décret de l’abolition de l’esclavage. (Le Figaro 12/12/2013)*

Or, ce projet a précisément toute une histoire. Fleuron du patrimoine national, il avait été prévu vers 2010 de le vendre et de le transformer en hôtel de luxe.

Après la réaction hostile d’un certain nombre d’intellectuels et d’historiens, d’aucuns suggérèrent d’y installer un musée de l’esclavage et de la colonisation.

Vouloir y joindre un musée des migrations en dit long sur la conception « historique » de certains idéologues.

Avec eux, l’histoire de France va se muer en une longue histoire de l’esclavage (crime contre l’humanité) auquel risque fort d’être assimilée la colonisation. Il n’est que de regarder dans le journal Le Monde de janvier 2011 la composition du groupe pétitionnaire réclamant la transformation de l’Hôtel de la Marine. La mouvance coloniale y est abondamment représentée.

On devine que, placées dans ce voisinage, les migrations et l’immigration seront,- c’est clair comme de l’eau de roche-, systématiquement présentées sous un double aspect, marquées dès l’origine par le racisme et le rejet de l’autre ; elles devront aboutir à la transformation en profondeur de ce pays « réactionnaire et dominateur » qu’est la France. Plus tard, réconcilié avec ses identités multiples (sic) et en quelque sorte régénéré et ramené des abîmes, notre pays sera un havre de paix, où s’épanouiront les divers peuples qui le composent, en un cosmopolitisme frais et joyeux.

Certes, les actuels désordres économiques obligent nos gouvernants à mettre en sommeil le projet de musée. Ceci n’a rien de définitif.

Le moment venu et pour peu que les rapports de force politique le favorisent, on le verra réapparaître car la réécriture de l’Histoire est inhérente à l’immigrationnisme et indispensable au communautarisme.

Que le ciel nous préserve de ces utopies totalitaires ! Elles ont toutes chances de nous mener directement à la guerre civile plutôt qu’aux lendemains radieux et chantants qu’annoncerait cette bizarrerie culturelle.

Denis Tillinac a malheureusement raison de voir dans ce rapport l’amorce d’un suicide collectif à base de nihilisme.

Jean Monneret, 10/01/2014

_______

*Eric Zemmour a fait remarquer, en plaisantant, qu’on y avait aussi décidé d’exécuter Louis XVI. Il suggère qu’on pourrait donc y créer un musée de la monarchie.

Source et publication: http://www.enquete-debat.fr/archives/la-desintegration-programmee-de-la-nation-37855

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