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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 12:01

Le 10 décembre 2013

C’est le site Internet des Échos qui vient de le révéler : en 2012, l’absentéisme a diminué de 43,2 % dans les collectivités territoriales et de 40,6 % dans les établissements de santé.

Pour la première fois depuis 6 ans, le nombre d’arrêts-maladie a diminué, une baisse liée, de toute évidence, à l’instauration, début 2012, par le gouvernement Fillon, du jour de carence dans la fonction publique

Le gouvernement a en effet décidé, il y a quelques mois, de le supprimer.

Pour justifier cette abrogation, le ministre de la Fonction publique, Marylise Lebranchu, avait parlé d’une mesure « injuste, inutile, et inefficace ». « Inutile et inefficace »… Oui, tout de suite, on voit, c’est vraiment très clair, ça vous saute à la figure.

Quant au caractère injuste de ce jour non rémunéré, nul n’en disconvient : la moindre des équités aurait été d’imposer non pas un, mais trois jours de carence, comme dans le secteur privé.

Interrogée sur le sujet, Marylise Lebranchu fait la moue, mettant en doute la véracité de ces chiffres, puis les écartant d’un revers de la main : « Je fais confiance aux fonctionnaires. »

C’est drôlement gentil, et c’est très beau.

Rien de mieux qu’une relation fondée sur la confiance quand on s’aime d’amour tendre.

Mais le fait est qu’en 2012, certains fonctionnaires, quoiqu’un peu flagada ou barbouillés au saut du lit, ont préféré finalement aller prendre leur douche, leur métro, et leur poste plutôt que de se voir privés d’un jour de salaire, preuve qu’ils n’étaient sans doute pas tout à fait à l’agonie et qu’il n’y a pas meilleur reconstituant que la perspective de perdre des sous.

On pourrait trouver scandaleuse, lamentable, honteuse la logique de ce gouvernement, mais la comprendre. Comme on a pu comprendre, tout en la détestant, la logique matoise et éminemment « politique » d’un autre François à la même fonction, qui jouait sa partition… Parce que lui, au moins, en avait une, animée d’une certaine cohérence.

Pourquoi donc faire machine arrière alors que la loi était votée, le jour de carence institué, l’impopularité de la chose endossée par un autre gouvernement, la pilule avalée et la gronde passée ?

Comme l’a fait en son temps la droite avec l’ISF — qu’elle s’est bien gardée de supprimer après l’avoir tant fustigé —, le gouvernement n’avait qu’à… oublier.

Oublier prudemment ce jour de carence dont le rétablissement coûtera, disent les directeurs d’hôpitaux, entre 60 et 75 millions d’euros par an !

C’est que les syndicats, eux, n’avaient pas oublié. Et qu’à dire vrai, les fonctionnaires ne comptent pas tant que les syndicats eux-mêmes, la preuve en étant que lorsque les fonctionnaires ne sont pas syndiqués, comme dans l’armée, on leur fait aussi « confiance », comme dit Marylise Lebranchu, mais surtout pour fermer leur gueule chaque fois qu’on leur fait les poches.

Vous ne savez pas, vous, ce que sont la disgrâce, les rats qui quittent le navire, les petites sauteries antiracistes au public clairsemé malgré le battage, bref cette affolante déroute qui vous ferait donner votre chemise aux derniers amis qu’il vous reste pour qu’ils ne se barrent pas à leur tour.

Même si, soyons lucides, chez eux, comme chez vous, cela pue la fin de règne.

Gabrielle Cluzel

Ecrivain, journaliste.

http://www.bvoltaire.fr/gabriellecluzel/machine-arriere-sur-le-jour-de-carence-dans-la-fonction-publique,44170?utm_source=La+Gazette+de+Boulevard+Voltaire&utm_campaign=1246aad841-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_71d6b02183-1246aad841-30403221

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