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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 11:49

Ecrit le 10 déc 2013 à 16:36 par Christian Vanneste dans Poing de vue

Le monde est bisounours

Noël s’approche. La naissance du Christ pour les chrétiens, pas loin du solstice d’hiver pour les païens qui fêtent l’allongement des jours, la trêve des confiseurs, les pics de consommation, les retrouvailles des familles, autour de la crèche ou du sapin, conspirent à créer une ambiance fraternelle, un état d’esprit ouvert au merveilleux et à la générosité, à allumer dans les regards la lumière pétillante de l’espérance.

L’actualité semble déjà offrir un paysage digne de la fête : Hollande invite Sarkozy à l’accompagner aux funérailles de Madiba et Nicolas dit oui à François, les soldats français entrent en Centre-Afrique sous les applaudissements et les cris de joie, la France élit une jolie Miss « cosmopolite », son équipe de foot non seulement va au Brésil, mais bénéficie d’un tirage au sort favorable, la courbe du chômage s’est inversée et celle du Président augmente de deux points.

Paradoxalement, ce n’est pas une naissance, mais une mort qui a le plus contribué à donner le ton.

La figure sanctifiée de Nelson Mandela a inspiré le monde médiatique tout entier, les politiques, de la Corée du Nord à Cuba, de Poutine à la Reine Elisabeth, les stars du sport et du show-biz, de U2 à Pelé. Netanyahou et Mahmoud Abbas ont, pour une fois, tenu le même discours.

Ce fut même une bousculade à celui qui serait au premier rang des hommages ou qui rappellerait avec le plus de ferveur sa dévotion au saint homme en une vibrante oraison.

Minutes de silence dans les stades, aux premières, à la Scala : Madiba est devenu l’icône people par excellence qui permet aux élus de la terre d’acheter une bonne conscience par quelques mots d’admiration pour celui qui fut injustement damné, mais qui, sauvé et rédempteur, réconcilia et pardonna.

En France, Bergé, J. Lang et BHL n’ont pas manqué de célébrer de façon monocolore le père de la nation arc-en-ciel.

Maître des cérémonies mondiales, l’autre icône et autre prix Nobel de la Paix Obama, a voulu apparaître comme le troisième personnage de la trinité entre Martin Luther King et Madiba. L’humanité est tournée vers la fin de l’année comme vers une aube nouvelle.

En janvier, on rangera les décors, on éteindra les illuminations, on déménagera les marchés de Noël, et on aura comme tous les ans la gueule de bois en voyant réapparaître la réalité toute grise.

L’Afrique du Sud redeviendra ce qu’elle est : un pays miné par 26% de chômage au minimum, ravagé par le Sida, meurtri par une violence et une criminalité considérables, irrité par des inégalités insupportables.

Malgré la bonne volonté évidente et les gestes symboliques de Mandela, ce pays n’est pas un modèle, juste une exception qui attire encore les réfugiés des catastrophes voisines comme le Zimbabwe. Mais les immigrés y sont souvent victimes de xénophobie.

L’arbre Madiba ne cache pas la forêt humaine.

En janvier, Hollande l’Africain, qui trouve dans les interventions sur ce continent, dont il voulait tourner la page, l’occasion de redorer son blason, verra le monde comme il est : un monde dangereux où la France a moins de place.

Les Talibans reprennent pied en Afghanistan, les attentats se multiplient en Irak, les villages chrétiens sont attaqués en Syrie par ceux que la France voulait aider, le Printemps Arabe n’est plus qu’une illusion dissipée, la Charia règne en Libye, la dictature militaire en Egypte.

Et face à ce monde, François Hollande réduit le budget de la Défense alors que l’Armée n’a jamais été autant sollicitée.

Aura-t-elle désarmé la Séléka en Centre-Afrique, définitivement empêché l’éclatement du Mali ?

Elle ne contribuera plus, en tout cas, à la formation civique et à l’assimilation des jeunes Français.

Elle ne leur offrira plus cette deuxième chance après une école que l’enquête Pisa a révélée de plus en plus inefficace et inégalitaire. François Hollande surtout retrouvera la réalité du déclin économique de notre pays : celle du chômage que les emplois fictifs ne font que masquer, celle de l’effondrement de notre industrie que les forfanteries de Montebourg n’entravent guère, celle d’un pays structurellement bloqué que les réformettes prétendument social-démocrates après la vague idéologique socialiste n’améliorent pas.

Lorsque les Rois-Mages reviendront de l’enterrement de Madiba, qu’ils se préparent à affronter un monde dépouillé de la magie de Noël.

Source : http://www.ndf.fr/poing-de-vue/10-12-2013/monde-bisounours

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