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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 14:46

Le 27 décembre 2013

Que vous soyez Noir ou Noir, humoriste ou humoriste, de gauche ou de gauche, on ne vous applique pas le même traitement.

Car il y a les Noirs victimes et les Noirs salauds, comme il y a les humoristes invités chez Drucker à qui tout est permis pour vomir en direct et les humoristes invités à aller se faire entendre au palais de justice.

Sans oublier, donc, ceux de gauche qui marchent dans le rang et ceux qui ont quitté celui-ci.

Dieudonné M’Bala M’Bala a fait partie des premiers. Depuis quelques années, il ricane en tête des seconds. Toujours présent à la télé, mais plus dans les émissions de variétés du samedi soir, toujours désormais dans les affaires judiciaires des JT.

Quoi qu’on pense de ses « coups » avec Jean-Marie Le Pen en parrain de sa dernière-née, ou Robert Faurisson à qui il a remis sur scène le Prix de l’infréquentabilité, de ses candidatures infructueuses aux élections et de ses sketchs contre le sionisme et obligés, force est de constater que sa diabolisation interpelle.

Surtout à quelques semaines de la levée d’indignation qui a suivi la comparaison entre Christiane Taubira et la gent simiesque : que n’a-t-on alors fustigé l’intolérable racisme des Français !

Pour Dieudonné, rien de semblable. Désormais, c’est au geste de la « quenelle » – marque récemment déposée par madame Dieudonné à l’Institut national de la propriété intellectuelle (INPI) – que les bien-pensants s’en prennent…

Ce geste (bras tendu vers le bas, coupé au niveau de l’épaule par l’autre main) serait-il une parodie – mais significative – du salut nazi (lui-même, rappelons-le, ex-salut de la Rome impériale, puis ex-salut olympique) ou, comme Dieudonné et ses partisans l’affirment, rien d’autre qu’un « bras d’honneur au système » ?

Tel d’ailleurs un certain slogan de la présidentielle en 1981 : « Tous ensemble pour leur foutre au cul avec Coluche », qui a tant fait sourire à l’époque et continue de faire l’admiration de tant de nostalgiques du candidat aux plumes dans le derrière…

La farce quenellière se répandant à vive allure, non seulement dans la netosphère mais jusque sur les plateaux de télévision (dont ceux du sacro-saintCanal+), on assiste à un bis repetita d’indignation citoyenne.

Les médisances – tout comme les plaisanteries – les plus courtes étant les meilleures, Dieudonné vient donc de porter plainte en diffamation contre X après les propos du président de la LICRA (association de lutte contre le racisme et l’antisémitisme), Alain Jakubowicz, qui a associé la quenelle « au salut nazi inversé signifiant la sodomisation des victimes de la Shoah » (sic).

Voilà une plaisanterie, en tout cas, dont beaucoup ne sont pas près de se lasser : la LICRA, qui a tant profité de la justice, à son tour traînée devant les tribunaux. Un spectacle à ne pas rater !

D’autant que les avocats de l’humoriste ont annoncé d’autres plaintes, dès 2014, « contre les auteurs supposés de propos diffamatoires qui ont une responsabilité d’information ou une autorité », et de citer Le Monde, BFMTV, France 2, Le Figaro… sans oublier le ministre de l’Intérieur Manuel Valls.

Dieudonné, père Noël pour les uns, père Fouettard pour les autres, demandez le programme !

JUSTE UN RAPPEL

Mince, l’ordre moral est de retour. Et ce n’est pas la faute de Christine Boutin.

Une fois de plus, une fois encore, Dieudonné M’Bala M’Bala est en butte à la justice de son pays, en laquelle il a évidemment toute confiance, pour reprendre la formule désormais consacrée.

Là, c’est un certain Jean-Marc Pujol, maire UMP de Perpignan, qui entend lui interdire de se produire dans sa ville. Au nom de quoi ? On ne sait plus trop bien.

Dieudonné aurait fait appel de la décision municipale. Et attend.

Drôle d’époque que la nôtre, fille bâtarde de celle où il était « interdit d’interdire », mais dans laquelle les libertés se réduisent comme peau de chagrin. Plus le droit de boire. Plus le droit de fumer.

Plus le droit de rire, désormais. En effet, Dieudonné M’Bala M’Bala ne fait pas rire tout le monde.

Bedos et Jean-Marie Bigard non plus. Et alors ?

Il paraît qu’il serait antisémite. Et alors ? Guère plus que le défunt Pierre Desproges, dont certains textes ne seraient aujourd’hui pas loin de déclencher un holocauste nucléaire à la LICRA ou au CRIF.

À peine moins qu’un Louis de Funès qui, après avoir tourné le Rabbi Jacob de Gérard Oury, admit que ce film avait fait tomber chez lui certains clichés antisémites, mais que tout de même, « on ne lui ôterait pas de l’idée que… » À mort, Fufu !

Dans la foulée, à mort, Patrick Timsit ! Pourtant un peu juif, un peu pied-noir qui, dans son spectacle, Le spectacle de l’homme seul debout, balance du plus que lourd sur ses coreligionnaires et admet, à la télévision et à heure de grande écoute, « que Hitler avait du génie… »

Tout comme Farid Abdelkrim, roi du stand-up banlieusard, mais autrement plus couillu qu’un Jamel Debbouze, qui se moque des musulmans des cités, de leurs vilains défauts et de leurs mauvais travers.

Faudra-t-il donc lui interdire, lui aussi, de se produire, juste histoire de gagner sa vie et de nourrir sa famille ?

Toujours la même question : peut-on rire de tout ? Oui, répondent certains, mais pas avec n’importe qui. Certes.

Mais demeure la question majeure : qui dresse la liste des rigolos fréquentables et celle, aussi noire que le Dieudo en question, de ceux qui ne le seraient pas ?

Est-ce la fameuse « liste Cohen », du nom de Patrick Cohen, animateur de la matinale de France Inter, et justement dénoncée par Daniel Schneidermann dans Libération ?

Liste qui disait qui il fallait ou non inviter, liste dont étaient évidemment exclus Tariq Ramadan, Alain Soral, Marc-Édouard Nabe et… Dieudonné.

Oui, drôle d’époque que la nôtre. Qui se veut libertaire quand ça l’arrange et liberticide quand ça la dérange. Où l’on aime l’art qui dérange – Femen, homards gonflables de Jeff Koons, happenings approximatifs où l’on fait pipi sur le Christ et popo dans des gamelles et des bidons – mais qui, dès lors que ça commence à déranger pour de bon, dérange justice et forces de l’ordre.

Les gendarmes, meilleurs remparts de l’anarchie et de la chienlit, si l’on m’avait dit ça dans mes jeunes années, j’aurais ri.

La cinquantaine passée, ça donnerait plutôt envie de pleurer.

Oui, une fois encore, Dieudonné dérange et cela devrait réjouir les sectateurs de cet art qui « dérange ».

Même pas : au lieu de ça, ils se font gloire de leur profession de nouveaux censeurs.

Ils raillaient jadis la tyrannie du trône et de l’autel, pour désormais se conduire comme les pires des calotins, néo-cléricaux d’un genre nouveau.

Mince, l’ordre moral est de retour. Et ce n’est pas la faute de Christine Boutin. Ce sont les enfants de Charlie Hebdo qui brandissent la matraque, à l’abri de leurs boucliers médiatiques.

Quel retournement ! Quelle ironie ! Quelle farce ! Quelle imposture ! Quel monde que celui que nous allons léguer à nos enfants…

http://www.bvoltaire.fr/philipperanda/taubira-coluche-dieudonne-cherchez-lerreur,45663?utm_source=La+Gazette+de+Boulevard+Voltaire&utm_campaign=a524b775ca-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_71d6b02183-a524b775ca-30403221

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