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28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 10:05

Ecrit le 27 déc 2013 à 11:56 par Olivier Bault dans Ethique et moeurs

En adoptant son avant-projet de loi de protection de l’enfant conçu, le gouvernement espagnol s’engage dans la voie tracée par la Pologne il y a vingt ans

L’Espagne est en passe de devenir le deuxième pays européen, après la Pologne en 1993, à revenir sur le droit d’avorter en cas de grossesse non désirée.

Après deux ans de tergiversations, le gouvernement espagnol a enfin adopté juste avant Noël un avant-projet de loi pour limiter le nombre d’avortements en Espagne (actuellement de plus de cent dix mille par an). Cet avant-projet de loi, qui a de fortes chances d’être adopté par le Parti Populaire du premier ministre Mariano Rajoy grâce à sa majorité absolue au parlement espagnol, était une promesse de campagne.

S’il représente une grande avancée pour la protection du droit humain le plus fondamental, le droit à la vie, il est encore loin de la revendication d’avortement zéro des organisations pro-vie espagnoles qui annoncent qu’elles continueront leur combat en faveur des enfants conçus mais pas encore nés.

Si la réaction « extrêmement choquée » du gouvernement socialiste français, toujours plus radical dans ses positions et dans sa démarche de transformation forcée de la société, n’étonne pas, il est regrettable que même le Front National, autrefois défenseur du droit à la vie, s’aligne désormais par la voix de son vice-président Florian Philippot sur la pensée unique qui impose de nier l’humanité des enfants conçus pendant une durée définie de manière arbitraire par l’État.

Le PP de Mariano Rajoy n’avait pas montré beaucoup de courage et d’indépendance d’esprit jusqu’ici, notamment sur les « mariages » entre personnes de même sexe, mais avec son avant-projet de loi sur l’avortement, et malgré les faiblesses de ce dernier, il ose bien plus que le FN français qui en matière sociale n’ose plus remettre en cause la loi Veil et ses dérives et ne promet que de revenir sur la loi dite « Mariage pour tous » sans pour autant rendre nuls les « mariages » déjà prononcés au prétexte qu’une telle loi ne peut avoir d’effet rétroactif (pourtant l’Australie, en abrogeant récemment une loi autorisant de tels « mariages », a bien annulé les unions contractées entre personnes de même sexe : serait-elle moins démocratique que la France ?).

Bien entendu, on ne s’étonnera pas de la pleutrerie de l’UMP qui a suspendu du parti un responsable de la Droite populaire en région PACA pour avoir tweeté : «Pendant que certaines égoïstes et d’autres nazies avortent ici, l’Espagne revient à la raison pour ne pas participer au plus grand génocide sur 100 ans.»

Alors que contient ce projet espagnol de « Loi de protection de la vie de l’enfant conçu et des droits de la femme enceinte », qui doit remplacer la « Loi de santé sexuelle et reproductive et d’interruption volontaire de la grossesse » adoptée par le funeste gouvernement Zapatero en 2010, pour susciter les critiques de la quasi-totalité de la classe politico-médiatique française, FN compris ?

Tout d’abord il interdit à nouveau l’avortement à la demande aujourd’hui autorisé jusqu’à la 14e semaine de grossesse, et les avortements resteront autorisés dans trois cas de figure seulement :

  • jusqu’à la 12e semaine de grossesse lorsque la grossesse est le fruit d’un viol,
  • jusqu’à la 12e semaine de grossesse si l’enfant conçu présente des anomalies incompatibles avec la vie,
  • jusqu’à la 22e semaine de grossesse s’il existe un danger grave pour la santé physique ou mentale de la femme enceinte.

Pour éviter les abus liés à l’interprétation du danger grave pour la santé mentale de la femme enceinte, le projet de loi prévoit l’obligation d’obtenir un avis médical en faveur d’un avortement de deux médecins non liés au centre qui pratiquera l’avortement.

Avant la loi de 2010, c’est justement ce motif du risque supposé pour la santé mentale de la femme enceinte qui avait fait de l’Espagne la destination européenne pour les avortements tardifs dans des cliniques privées peu scrupuleuses.

Le même risque de dérives existe aussi depuis cette année en Irlande puisque l’avortement y est désormais possible en cas de risque pour la santé mentale de la femme enceinte où si celle-ci menace de se suicider.

La loi irlandaise prévoit également une obligation d’obtenir l’avis de deux psychiatres pour que la condition de risque pour la santé mentale de la femme enceinte ou de risque de suicide soit recevable.

La loi polonaise sur l’avortement ne reconnaît quant à elle que le risque grave pour la santé physique ou la vie de la femme enceinte (et aussi les maladies graves et incurables du fœtus et les cas de viols comme dans le projet de loi espagnol).

Dans le projet de loi espagnol, en cas de risque grave pour la santé de la mère, il sera possible après la 22e semaine de grossesse de provoquer l’accouchement en tentant de sauver l’enfant car c’est le stade à partir duquel l’enfant a des chances de survie en dehors du ventre de sa mère (ce qui n’empêche pas les Britanniques d’autoriser l’avortement à la demande jusqu’à la 24e semaine).

Par contre, en ce qui concerne les anomalies congénitales et les maladies du fœtus, l’Espagne prévoit d’aller plus loin que la Pologne où il est possible de tuer par exemple les enfants trisomiques avant leur naissance.

Les anomalies de l’enfant conçu représentent dans le pays de Jean-Paul II l’immense majorité des quelques centaines d’avortement réalisés légalement chaque année.

Deux initiatives citoyennes ayant recueilli chacune plusieurs centaines de milliers de signatures et une initiative parlementaire ont été rejetées ces dernières années par le parlement polonais.

Ces initiatives visaient justement à interdire les avortements en cas d’anomalie ou de maladie grave et incurable du fœtus humain.

En Espagne, l’anomalie de l’enfant conçu devra être incompatible avec la vie pour permettre un avortement… sauf en cas de danger pour la santé mentale de la femme enceinte, et c’est à nouveau là que le bât blesse.

Autre réforme prévue par l’avant-projet de loi présenté par le ministre de la justice Alberto Ruiz-Gallardón, les adolescentes espagnoles ne pourront plus se faire avorter à l’insu de leurs parents. Avec la loi actuelle, il leur faut l’accord de leurs parents pour se faire faire un piercing mais pas pour se faire avorter !

Et pour finir, une faiblesse du projet de loi : une femme qui se soumettra à un avortement illégal ne sera passible d’aucune peine.

En Pologne, c’est justement dans les peines encourues que réside la principale lacune de la loi sur l’avortement.

La Pologne et l’Espagne étant deux pays de taille similaire, on peut donc s’intéresser à la question des avortements illégaux que la loi anti-avortement polonaise ne punit pas de manière très dissuasive.

De fait, seul le médecin et le personnel médical encourent des peines qui sont le plus souvent des peines de prison avec sursis et des amendes et les Polonaises qui se font avorter par exemple à l’étranger n’encourent aucune peine.

Dans un article sur les IVG illégales publié en 2011, l’hebdomadaire catholique Gość Niedzielny donnait le nombre de condamnations pour les années précédentes pour des actes liés à des avortements illégaux ou des incitations à commettre ces actes : ce nombre a oscillé entre 14 et 42 condamnations par an entre 2003 et 2008.

On ne peut bien sûr pas connaître le nombre d’avortements réalisés illégalement puisque les personnes impliquées n’ont aucun intérêt à les dévoiler (ce qui vaut aussi pour la France : les fameux 200 000 avortements illégaux par an avant la loi Veil sont une invention pour les besoins de la propagande pro-avortement).

Toutefois, si l’on s’intéresse au nombre d’IVG légales réalisées en Pologne jusqu’en 1993 puis en 1997, on constate facilement le caractère hautement improbable des chiffres avancés par la Fédération polonaise pour les Femmes et le Planning familial, qui a parlé de cent mille, voire de deux cent mille avortements illégaux chaque année (tout en précisant pour ce deuxième chiffre que cela était censé englober les Polonaises résidant en Grande-Bretagne, même si les hôpitaux britanniques ne fournissent pas de statistiques par nationalités).

Alors que les femmes pouvaient mettre librement fin à leur grossesse pendant les premiers mois de gestation, il y a au eu 59 417 IVG en 1990, 30 878 en 1991 et 11 640 en 1992, contre 130-140 000 par an dans les années 80. En 1997, pendant la période du 4 janvier au 23 décembre où l’avortement « à la demande » était à nouveau légal[1], il n’y en n’a eu que 3047.

Les estimations de l’hebdomadaire Gość Niedzielny qui avancent une fourchette de 6000 à 22000 avortements illégaux par an sur la base du rapport généralement observé entre nombre d’avortements légaux et nombre d’avortements illégaux paraissent donc bien plus fiables au vu de l’évolution « pro-vie » des mentalités polonaises depuis la loi de 1993.

La loi prévue aujourd’hui par le gouvernement espagnol aura-t-elle le même effet bénéfique sur les mentalités que la loi polonaise de 1993 ?

Aujourd’hui en Pologne, les partis militant pour une libéralisation de l’accès à l’IVG ne totalisent jamais plus de 20 % des intentions de vote.

Une enquête réalisée l’été dernier par l’institut de sondage CBOS montrait que le pourcentage des Polonais(es) s’opposant à une telle libéralisation s’accroît : 75 % des personnes interrogées condamnent l’avortement (50 % le condamnent dans tous les cas), contre 7 % qui le justifient et 2 % qui ne le considèrent pas comme un mal, les autres personnes interrogées ne se prononçant pas.

Par rapport à un sondage réalisé 3 ans plus tôt, on constate que le pourcentage de Polonais condamnant l’avortement a augmenté de 6 %.

Sachant que la Pologne compte un peu plus de 40 % de catholiques pratiquants, on s’aperçoit que l’opposition à l’avortement dépasse largement le cercle de l’Église catholique et il est probablement dû à une meilleure sensibilisation de la population, grâce à l’action de l’Église mais aussi des associations et médias pro-vie, à la réalité du développement prénatal de l’enfant.

Une réalité sur laquelle les Français font généralement preuve d’une ignorance crasse entretenue par des médias acquis à la cause de l’avortement, ce qui permet à la ministre socialiste des Droits de la femme de nier officiellement l’humanité de l’enfant conçu qui n’est plus qu’un « contenu » du ventre de sa mère (voir l’article : Avortement : avec Najat Vallaud-Belkacem, la novlangue devient définitivement le langage officiel de la République).

Comme le montre l’attitude de l’UMP il est de mauvais ton de comparer les avortements massifs au génocide des juifs européens commis par les nationaux-socialistes allemands, mais dans ses conversations dans sa cellule d’après-guerre où il était enfermé en Pologne communiste avec le résistant polonais Kazimierz Moczarski, l’officier SS qui a dirigé les opérations de liquidation du ghetto de Varsovie en 1943, Jürgen Stroop, usait des mêmes arguments pour justifier de sa bonne conscience par rapport aux crimes odieux des nazis : en substance, les juifs étant biologiquement différents de nous, ils ne pouvaient pas être considérés comme des êtres humains comme nous et donc le fait de les tuer ne pouvait pas être assimilé à un meurtre.[2]

Les associations pro-vie espagnoles, comme HazteOír (Fais-toi entendre) ont obtenu un pas en avant du gouvernement de Mariano Rajoy, mais comme leurs pendantes polonaises elles ne comptent pas en rester là et continuent de réclamer «l’avortement zéro».

Dans un contexte de radicalisation dans plusieurs pays européens, dont la France, de la gauche et de ses alliés féministes les plus extrémistes, comme les Femen dont la leader Irina Shevchenko, nouvelle Marianne des timbres-poste français, annonçait sur sa poitrine dénudée place Saint-Pierre à Rome le jeudi 19 décembre «Christmas is canceled, Jesus is aborted.» (Noël est annulé, Jésus est avorté), et dans un contexte de trahison des politiciens prétendument de droite terrorisés par le «qu’en dira-t-on» médiatique, les exemples polonais et peut-être bientôt espagnol prouvent que l’évolution en Europe vers un droit illimité à l’avortement pour les femmes enceintes au mépris du droit à la vie de l’enfant conçu n’est pas une fatalité.

Toutefois, ces deux exemples nous montrent aussi que changer les mentalités ne peut pas se faire sans une action décidée de l’Église et des associations pro-vie et sans appeler un chat un chat et un avortement un infanticide. Les pro-avortements, eux, ne s’embarrassent pas de scrupules.

Le journal Présent du vendredi 27 octobre rapporte que «Vendredi dernier à Paris, en l’église de la Madeleine, Eloïse Bouton, autre Femen hystérique, s’est dirigée seins nus vers l’autel de l’église face à une dizaine de personnes présentes alors qu’une chorale répétait dans l’édifice.

Devant l’autel, elle a mimé un avortement puis déposé devant l’autel un morceau de foie de veau censé représenter un fœtus avant d’uriner sur les marches de l’autel et de quitter l’église sans prononcer une seule parole.»

Du même auteur :

L’avortement bientôt interdit en Espagne ?

À voir absolument :

Visualisation du développement prénatal de l’enfant, explications sous-titrées en français et film « De la conception à la naissance »

[1] Le parti social-démocrate post-communiste, le SLD, a ajouté en 1997 un quatrième motif permettant à une femme de se faire avorter : sa situation économique et sociale. La cour constitutionnelle polonaise a cependant invalidé cette modification de la loi en raison de son incompatibilité avec le droit à la vie garanti par la constitution polonaise.

[2] Livre Entretien avec le bourreau de Kazimierz Moczarski

Source et publication: http://www.ndf.fr/nouvelles-deurope/27-12-2013/en-adoptant-son-avant-projet-de-loi-de-protection-de-lenfant-concu-le-gouvernement-espagnol-sengage-dans-la-voie-tracee-par-la-pologne-il-y-vingt-ans

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